Accéder au contenu principal

AU COMMENCEMENT ÉTAIT L’HISTORICISME GOTHIQUE ET LES PREMIÈRES RÉVOLUTIONS MODERNISTES

À la fin du XIXe siècle, l’Allemagne, en pleine mutation impériale, industrielle et politique, se tourne vers son passé médiéval avec une fascination renouvelée. L’art Gothique, né plusieurs siècles plus tôt, connaît alors un regain d’intérêt, porté par le mouvement romantique et une quête d’identité nationale. Les cathédrales, avec leurs arcs brisés et leurs flèches élancées, deviennent les symboles d’une grandeur spirituelle et technique, opposée à la froideur de la modernité naissante.

Dans l’Empire allemand, cet Historicisme (avec parfois une variante orientalisante) imprègne non seulement l’architecture, comme en témoignent les restaurations ou les constructions néogothiques (la cathédrale de Cologne, achevée en 1880, en est l’exemple le plus emblématique), mais aussi les arts graphiques, la typographie et même la littérature. Les gravures et illustrations de l’époque reprennent les motifs gothiques : entrelacs, gargouilles, et perspectives vertigineuses, créant un langage visuel où l’ombre et la lumière jouent un rôle central.


Pourtant, cet Historicisme n’est pas une simple répétition du passé. Il est réinterprété à travers le prisme des angoisses et des espoirs de l’époque : une réponse à l’industrialisation galopante, une nostalgie d’un monde organique et sacré, mais aussi une fascination pour le sublime et l’inquiétant. Les artistes et architectes allemands, comme ceux du Jugendstil (dit aussi Art Nouveau) ou des mouvements pré-expressionnistes, y puisent une inspiration ambivalente, mêlant admiration pour la rigueur structurelle des cathédrales et rejet car jugé rétrograde.


Grand Magasin à Düsseldorf dans le style de la Sécession Viennoise en comparaison de la grande agora commerçante et de bureaux avec des baies vitrées de Noise.

Grand Magasin à Düsseldorf dans le style de la Sécession Viennoise en comparaison de la grande agora commerçante et de bureaux avec des baies vitrées de Noise.


Affiches du Jugend et couverture de Noise

Affiches du Jugend et couverture de Noise


La gare d’Helsinki dans le Jugenstil ou Art Nouveau allemand, et en comparaison l’allée des statues de la Contre-Mesure

La gare d’Helsinki dans le Jugenstil ou Art Nouveau allemand, et en comparaison l’allée des statues de la Contre-Mesure


Le décor de Noise qui, malgré qu’il ne soit situé loin dans le futur, reflète le début du 20ème siècle, avec des costumes et du mobilier des années 20/30.

Le décor de Noise qui, malgré qu’il ne soit situé loin dans le futur, reflète le début du 20ème siècle, avec des costumes et du mobilier des années 20/30.


Gravures d’époque de la cathédrale gothique de Cologne et en comparaison l’illustration de Blame avec l’allée d'arcs-boutants gothiques où Pcell marche.

Gravures d’époque de la cathédrale gothique de Cologne et en comparaison l’illustration de Blame avec l’allée d'arcs-boutants gothiques où Pcell marche.


La gravure crayonnée suscita un intérêt grandissant au Moyen Âge et à la Renaissance, époque correspondant aussi à l’architecture gothique des cathédrales et de l’invention de l’impression, et particulièrement en Allemagne où de nombreux artistes s’illustrèrent durant plusieurs siècles et où s’y réalisa des inventions connexes comme la lithographie, inventée par Aloys Senefelder.

Quelques gravures crayonnées dans l’Allemagne de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle, ce style d’art était très populaire jusque dans les années 70, il était aussi bien utilisé pour l’illustration de presse, de livres, que pour être arboré dans son salon.

Ci-contre un extrait du manga Noise dont on peut voir les coups de crayon, d’encrage et de feutre. Tsutomu Nihei dessina beaucoup au crayon et feutre dans ses premiers mangas en dehors de la peinture qu’il utilisa aussi.

Extrait d’un journal allemand. A la fin du 19ème siècle, l’Empire allemand devient le théâtre d’un débat typographique aussi passionné que politique : le Différend Antiqua-Fraktur. La Fraktur, cette police gothique aux lettres anguleuses et entrelacées, incarne depuis des siècles l’identité germanique. Utilisée dans les livres, les journaux et les documents officiels, elle est perçue comme le symbole d’une culture nationale, opposée à l’Antiqua, police latine plus lisible et internationale, associée à la modernité et à l’influence étrangère.

La Fraktur, défendue par les traditionalistes, domine largement jusqu’au début du XXe siècle. Elle est enseignée dans les écoles, utilisée par l’administration, et même imposée dans certains imprimés pour affirmer une singularité allemande face à l’hégémonie culturelle française ou anglaise. Pourtant, dès les années 1910, des voix s’élèvent pour critiquer son illisibilité et son archaïsme. Le Bauhaus, avec son idéal de clarté et de fonctionnalité, rejette la Fraktur au profit de l’Antiqua, plus épurée et universelle.

Le déclin s’accélère sous le régime nazi. Bien que les nazis aient d’abord promu la Fraktur comme "écriture allemande par excellence", ils finissent par l’abandonner en 1941, la jugeant trop "juive". Un décret ordonne son remplacement par l’Antiqua, marquant la fin d’un symbole culturel vieilli par l’idéologie et la guerre.


C’est dans ce contexte que le Bauhaus émergera, en réaction à cette esthétique jugée parfois trop ornée ou passéiste. Mais paradoxalement, il en conservera des traces dans ses débuts et certains de ses bâtiments où il exerçait, ou encore notamment dans l’importance accordée à la synthèse des arts et à la dimension symbolique de l’architecture, une dualité que l’on retrouve, des décennies plus tard, dans l’univers artistique de Tsutomu Nihei.



Sources :

Historicisme https://de.wikipedia.org/wiki/Historismus

Querelle Antiqua-Fraktur https://fr.wikipedia.org/wiki/Querelle_Antiqua-Fraktur

Le Jugenstil ou l’Art Nouveau https://de.wikipedia.org/wiki/Jugendstil

Bauhaus de Taschen


Commentaires