Lors de l’installation du Bauhaus à Dessau, l’idée de créer des classes de peinture libre s’imposa comme une nécessité. Pourtant, ce n’est qu’en 1927 qu’elles virent vraiment le jour, avec une ambition double : offrir un contrepied créatif aux contraintes des ateliers, tout en approfondissant une approche scientifique plus poussée de la composition. Ces cours devinrent rapidement un terrain d’expérimentation, alimentant d’innombrables débats sur le rôle de la peinture dans un processus de création résolument moderne.
Les œuvres qui en émergèrent furent visionnaires. Par leur jeu sur les perspectives fracturées, les formes géométriques flottantes et les assemblages d’éléments disjoints, elles semblaient anticiper l’esthétique des premières animations 3D des années 1980 jusqu’aux années 00, construits à partir de fragments d’objets et de textures rudimentaires, où l’on reconnaissait l’influence de Paul Klee dans la déconstruction des formes. Comme ces pionniers du numérique, les artistes du Bauhaus travaillaient avec des contraintes techniques (matériaux, outils), qu’ils transformaient en force expressive.
Leur autre audace fut de détourner l’Antiquité. Plutôt que de copier les canons classiques, ils en extraient des éléments architecturaux (colonnes, frontons, motifs) pour les réinterpréter dans un langage résolument moderne, une approche que l’on retrouve aujourd’hui dans les environnements cyberpunks, où des ruines antiques côtoient des néons futuristes, créant un collage temporel aussi déstabilisant que poétique.
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A gauche. L’animation 3D primitive, où quelques polygones suffisaient à évoquer un monde (comme dans les premières cinématiques de jeux vidéo).
A droite. L’esthétique du "low poly" revisité, où la pauvreté des moyens devient un style, une économie de formes que le Bauhaus maîtrisait déjà, et que le numérique a réinventée. |
Source principale de cette comparaison : Livre du Bauhaus de Taschen


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