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L’ÉNIGMATIQUE CODE BINAIRE DE HAJO ROSE

Longtemps avant l’ère des ordinateurs, l’atelier de tissage du Bauhaus expérimentait avec des machines à cartes perforées, « les métiers Jacquard ». Ces systèmes mécaniques, programmables grâce à des cartes « logicielles » en carton perforé, permettaient de coder des motifs complexes et d’automatiser la production. Une technologie qui, rétrospectivement, évoque les prémices de l’informatique.

Cette proximité accidentelle avec le monde numérique prend une dimension presque prophétique quand on découvre les expériences de Hajo Rose. Son tissu imprimé de zéros (réalisé à la machine à écrire) ressemble étrangement à un code binaire dont il ne manque que le "1" pour compléter l’illusion. Et son autoportrait superposé à un immeuble via un jeu de reflets rappelle les effets visuels de Matrix, où la réalité se dissout dans un flot de données. Une coïncidence troublante avec le thème cyberpunk de Blame (et Tsutomu Nihei a fait une illustration pour Matrix).

Les technologies du Bauhaus, futur de Blame

En haut à gauche. Autoportrait d’Hajo Rose qui à un étrange feeling avec Matrix. // En bas à droite. Ci-dessous une carte perforée de métier à tisser Jacquard. 


Autre ironie de l’histoire, alors que le Bauhaus prônait la modernité, il cantonnait souvent les femmes à l’atelier de tissage, considéré comme un domaine "moins noble" que l’architecture ou le design. Pourtant, c’est là que se jouait une révolution silencieuse. Sous l’impulsion de Hannes Meyer (directeur de 1928 à 1930), l’atelier abandonna les tapis traditionnels pour se concentrer sur des « revêtements de sol utilitaires » et des textiles techniques. Exit l’art pur place à l’analyse scientifique, aux matériaux innovants (cellophane, soie artificielle, fibres de chenille) et aux applications fonctionnelles.

Parmi les innovations les plus marquantes :

  • Anni Albers (élève puis enseignante) développa un tissu acoustique pour la salle des fêtes de l’École fédérale de l’ADGB : une face absorbait le son, l’autre réfléchissait la lumière, une prouesse technique qui préfigure les matériaux intelligents d’aujourd’hui.

Les étudiantes, bien que reléguées dans cet atelier, y menèrent des recherches systématiques, poussant les limites des textiles industriels et des structures modulables.

Ainsi, l’atelier de tissage du Bauhaus, avec ses machines programmables et son rejet de l’ornement au profit de la fonction, incarnait une forme de contestation sociale, un thème cher au cyberpunk. Les tisserandes du Bauhaus, bien que marginalisées, travaillaient sur des prototypes de textiles "futuristes".

L’atelier de tissage du Bauhaus, souvent relégué au second plan, réussit finalement à être un laboratoire de modernité, un lieu où l’artisanat rencontrait la machine, où le fonctionnel épousait l’expérimental. Ses innovations, bien que nées d’une époque analogique, résonnent avec notre ère numérique.


Les technologies du Bauhaus, futur de Blame

Conception d’une impression sur tissu à partir de caractères de machine à écrire, 1932, Hans-Joachim Rose. Ce tissu imprimé de 0 par Hajo Rose évoque étonnamment un code binaire.



Source principale de cette comparaison : Livre du Bauhaus de Taschen 

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