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LES MAÎTRES DÉMONIAQUES DU BAUHAUS

Quand Walter Gropius confia l’enseignement du Bauhaus à des artistes d’avant-garde, ce ne fut pas un simple hasard, mais une conviction profonde : pour lui, la créativité radicale était le ferment d’une école résolument tournée vers l’avenir. Son ambition ? « Stimuler les étudiants des deux côtés », à la fois dans leur dimension artistique et dans leur maîtrise artisanale. Les artistes, désignés comme « maîtres de la forme », collaboraient ainsi étroitement avec les « maîtres de travail », artisans expérimentés, pour diriger les ateliers. Cette alliance inédite entre vision poétique et savoir-faire technique devint le cœur battant du Bauhaus.

Libres d’innover, ces artistes repensèrent aussi les fondements mêmes de l’enseignement. Certains, comme Johannes Itten, Georg Muche ou László Moholy-Nagy, conçurent le célèbre cours préliminaire, une initiation aux principes de la forme, de la couleur et des matériaux. D’autres, à l’image de Paul Klee, Wassily Kandinsky ou Oskar Schlemmer, développèrent des méthodes pédagogiques audacieuses, transformant leurs recherches personnelles en outils d’apprentissage. Le Bauhaus devint ainsi un laboratoire où l’enseignement nourrissait la création, et inversement. Les cours, loin d’être de simples transmissions de savoir, devinrent des espaces d’expérimentation où les frontières entre professeur et élève, entre art et artisanat, s’estompaient.

Cette symbiose entre pédagogie et pratique artistique ne fut pas qu’une méthode : elle incarna l’utopie même du Bauhaus, celle d’un art vivant, accessible, et profondément ancré dans le réel.

La nouvelle race d'Itten et la nouvelle race siliciée

Dessin de Johannes Itten d’un enfant avec un style moyenâgeux et ésotérique, et à droite la page de sommaire du manga Noise avec un enfant Silicié dans une couveuse, dont l’espèce voue un culte ésotérique obscure et complexe au chaos du net et à la technologie, avec deux personnages de la ville habillés de manière moyenâgeuse, dont on sait d’après Noise que le gouvernement était totalitaire et pratiquait un clivage social, et qu’une partie de la population ayant accès à la Netsphere avait atteint l’étape du transhumanisme la séparant du reste de la ville.

Cette illustration d’Itten illustre sa croyance à l’époque envers le Mazdaznan, une théorie autour du nouvel homme, soit une nouvelle race, qui serait blanche et dont il aurait dit au cours d’une série de conférences pour le Bauhaus en 1922 que ses moines mazdazniens devraient produire un art nouveau et pur à travers leur vie raciale afin de la promouvoir. Une thématique qui colle assez bien aux Siliciés pratiquant un culte de la transcendance et vivant comme des moines au service de leur race.


Johannes Itten : le prophète de la couleur et l’âme mystique du Bauhaus

Parmi les figures marquantes du Bauhaus, Johannes Itten émerge comme une personnalité fascinante et controversée. Théoricien majeur de la couleur, il captiva Walter Gropius au point que ce dernier lui confia, dès l’inauguration de l’école en 1919, un rôle central dans sa pédagogie.

Itten imposa une méthode d’enseignement fondée sur des équilibres paradoxaux : « intuition et méthode », « subjectivité vécue et connaissance objective ». Ses cours, structurés en trois axes — l’étude de la nature et des matériaux, l’analyse des vieux maîtres et le dessin du nu — commençaient souvent par des exercices de respiration et de mouvement, destinés à libérer la créativité des étudiants. « Créer la direction et l’ordre de ce qui coule », telle était sa quête : amener les élèves à trouver leur rythme intérieur avant de le transposer en formes harmonieuses. Cette approche rituelle faisait de l’atelier un espace à mi-chemin entre le laboratoire artistique et le sanctuaire.

Itten incarnait lui-même cette dualité. Vêtu de son costume du Bauhauspantalon évasé, veste ceinturée, crâne rasé et lunettes cercléesil oscillait entre le maître exigeant et le gourou mystérieux. Son adhésion au mazdéisme, une forme de zoroastrisme, et son intérêt pour les théories raciales (alors en vogue) renforçaient son aura à la fois charismatique et inquiétante. Pour ses disciples, il était un guide spirituel ; pour ses détracteurs, un dogmatique aux relents sectaires. Son apparence, « mi-maître d’école, mi-prêtre », avait une touche « démoniaque » et son enseignement, mêlant discipline ascétique et exploration sensorielle, en firent une figure inoubliable, dont l’influence irrigua tous les ateliers du Bauhaus.

Johannes Itten, le premier maître silicié

En haut à gauche. Johannes Itten dans le costume du Bauhaus conçu par lui-même, 1920. // En haut à droite. Johannes Itten et le Tempelherrenhaus qui lui servit d’atelier au Bauhaus. En bas. La première illustration du culte des Siliciés et la première vision des Siliciés dans Noise, ici revêtu de leur traditionnel habit et qui sont souvent chauves.


En miroir chez Nihei. Les Siliciés, ces entités qui se sont séparés de la race humaine pour être leur propre race, mi-humaines, mi-machines, font partis d’un culte de la machine vouant entre autres à répandre le chaos dans la ville et la Netsphere, évoluent dans la mégastructure au cours de leur quête comme des moines dans une cathédrale d’acier et de béton, ils semblent hériter de cette même tension entre rigueur et recherche de la transcendance. Chez Itten comme chez Nihei, l’art devient une quête : tantôt libératrice, tantôt oppressive, où le corps, l’espace et le sacré s’entremêlent.


Georg Muche : l’ombre d’Itten au Bauhaus

Engagé en octobre 1920 pour seconder Johannes Itten, le jeune peintre Georg Muche devint rapidement son proche collaborateur et admirateur. Ensemble, ils formèrent un duo inséparable, partageant non seulement une vision pédagogique, mais aussi une foi commune : le mazdéisme, un courant syncrétique alors en vogue en Allemagne, mêlant spiritualité, hygiénisme et alimentation végétarienne. Cette doctrine, que Muche pratiquait déjà avant de rencontrer Itten, prônait une vie ascétique, végétarisme strict, jeûnes rituels, exercices respiratoires et même une « théorie sexuelle » purificatrice. Les deux hommes se rendirent ensemble au congrès mazdéen de Leipzig en 1920, épicentre allemand du mouvement, et tentèrent d’en imprégner la vie du Bauhaus. La cantine de l’école adopta un temps les principes alimentaires mazdéens, tandis que certains préceptes glissaient dans les cours, notamment ceux d’Itten, qui diffusait ces idées dans des revues artistiques. 

Leur engagement alla jusqu’à promouvoir un racisme mystique, où la « race blanche » était présentée comme supérieure, une vision aujourd’hui choquante, mais alors banale dans certains milieux avant-gardistes. La lithographie d’Itten, « La maison de l’homme blanc », en témoigne. Pour les étudiants, comme Paul Citroën, cette atmosphère était envoûtante ou repoussante : « Quelque chose de démoniaque émanait d'Itten. Il était vénéré comme maître ou bien haï par ses opposants qui étaient nombreux ». Muche, bien que moins charismatique, participait pleinement à cette entreprise, sans jamais cependant égaler son mentor, ni en théorie ni en pratique.


Paul Klee : le Bouddhas du Bauhaus

Si Georg Muche et Johannes Itten incarnaient l’aile mystique et dogmatique du Bauhaus, Paul Klee en représentait l’antithèse : un esprit libre, presque énigmatique. L’écrivain Ernst Kállai, chroniqueur de la revue de l’école, le dépeignait avec ironie comme « un bouddha devant lequel s'agenouillait des disciples », image qui souligne à la fois son aura et son détachement. Klee, en effet, cultivait une distance bienveillante avec l’agitation idéologique ambiante. Pourtant, loin de se tenir à l’écart, il observait les mutations de l’école avec une acuité critique, commentant les virages pédagogiques ou politiques avec une finesse que ses pairs reconnaissaient.

Son enseignement, bien moins sectaire que celui d’Itten ou de Muche, était fondé sur une pédagogie de l’expérimentation. Dans ses cours, il explorait les lois de la forme, les rythmes chromatiques et la poétique du trait, invitant les étudiants à déconstruire leur perception pour mieux la reconstruire. « L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible », aimait-il dire. Contrairement aux mazdéens, Klee ne cherchait pas à imposer un système, mais à éveiller une curiosité organique pour les mécanismes de la création. Ses « leçons de choses » - où il analysait un arbre, une feuille ou un fil de fer comme des architectures secrètes - marquèrent durablement des générations d’élèves. Pourtant, son influence était plus souterraine que spectaculaire. Là où Itten fascinait ou divisait, Klee inspirait en silence. Son atelier était un havre où la rigueur se mariait à la fantaisie, où la géométrie dialoguait avec le rêve. Les étudiants le vénéraient moins comme un gourou que comme un maître de l’équilibre, entre intellect et intuition, entre discipline et liberté.


En 1921, Paul Citroën dessina son ami Georg Muche « dans le costume du Bauhaus » tel qu'il était porté parmi les partisans d’Itten. Et Paul Klee en tant que Boudha du Bauhaus (il n’était pas lié au mazdéisme mais c’est amusant qu’il soit lui aussi associé à un thème spirituel). En comparaison les Siliciés et le Silicié qui avait la tête dans les étoiles.

Les membres du Bauhaus proches du mazdéisme, s’auto-proclamaient comme une élite, les coupant du reste des étudiants, cependant étant donné les rituels liés à cette vie (prise de laxatif par exemple) ce ne devait pas être facile tous les jours…




Source principale de cette comparaison : Livre du Bauhaus de Taschen

Sources : Johannes Itten et Mazdaznan au Bauhaus

https://bauhauskooperation.com/wissen/artikel/artikel-detail/artikel-36?cHash=7abd452ed20a84d7084fd6be3419fdd0


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