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LES PROTO-CYBORGS DU BAUHAUS

Masque et costumes du théâtre du Bauhaus, et comparaisons avec les Siliciés et la Contre-Mesure Sanakan.


1. L’élémentarisation du corps : Schlemmer et la déconstruction de l’humain

En 1923, Oskar Schlemmer entreprit une révolution scénique au Bauhaus. Son approche ? Décomposer le théâtre en ses éléments fondamentaux : espace, forme, couleur, son, mouvement, lumière. Cette « élémentarisation », chère au Bauhaus, visait à épurer l’art de toute subjectivité pour n’en garder que les structures pures. À Dessau, Schlemmer poussa cette logique à son extrême avec sa série de danses expérimentales — Danse des formes, Danse des gestes, Danse des bâtons, des cerceaux, Promenade des boîtesoù le corps humain n’était plus qu’un support abstrait, un « prototype » mouvant au service d’une grammaire visuelle.

De la révolution scénique au transhumanisme mécanique

Les danseurs, vêtus de maillots uniformes et masqués, perdaient leur individualité pour incarner des archétypes géométriques. Comme Chaplin dans Les Temps Modernes, Schlemmer fusionnait l’homme et la marionnette, mais là où Chaplin dénonçait la déshumanisation, le Bauhaus en faisait une esthétique. Ses performances oscillaient entre :

  • La grâce légère (corps souples, mouvements fluides),

  • La force monumentale (postures rigides, silhouettes anguleuses),

  • Le grotesque (masques exagérés, gestes mécaniques),

  • Le sacré (figures hiératiques, presque religieuses).

Le résultat ? Une synthèse troublante où l’humain devenait à la fois acteur et machine, où la figure naturelle se fondait dans la figure artistique, soit une préfiguration des cyborgs.

De la révolution scénique au transhumanisme mécanique

Les masques et costumes du Bauhaus n’étaient pas de simples accessoires. Ils fonctionnaient comme des prothèses sans expression, transformant les danseurs en entités hybrides.

Schlemmer ne cherchait pas à exprimer une émotion, mais à créer un système, une mécanique du geste. Comme il l’écrivait, l’être humain n’apparaissait plus « comme porteur d’une expression individuelle, mais comme prototype d’une certaine attitude par rapport aux éléments scéniques ».

Cette approche reflétait un changement de paradigme au Bauhaus. En 1926, Georg Muche déclarait dans la revue Bauhaus que « l’artiste libre était superflu » pour le design industriel. Le vrai point de départ n’était plus la création artistique, mais « le fonctionnement de la machine ». Les masques, dès lors, devenaient des interfaces, des premiers pas vers le transhumanisme, où l’homme s’efface au profit d’une logique mécanique.

Masque et costumes du théâtre du Bauhaus, et comparaisons avec les Siliciés et la Contre-Mesure Sanakan.

Masque et costumes du théâtre du Bauhaus, et comparaisons avec les Siliciés et la Contre-Mesure Sanakan.


3. Le déclin des « peintres » et l’avènement des cyborgs

Ise Gropius nota à propos de l’apport des peintres à ce domaine : « l’époque des peintres du Bauhaus semble vraiment être révolue, ils sont devenus étrangers au véritable noyau du travail actuel et ont presque un effet inhibiteur au lieu d'avoir un effet stimulateur ». Les artistes traditionnels, autrefois moteurs du mouvement, étaient désormais perçus comme « inhibiteurs », étrangers à la nouvelle éthique de travail. Leur place était prise par des créateurs de systèmes, des ingénieurs de formes, une métamorphose qui n’est pas sans rappeler dans Blame, les Siliciés et les autres cyborgs qui incarnent cette rupture définitive avec l’humanité.

Le Bauhaus jouait avec l’idée d’un homme augmenté, un être qui, par le masque et le costume, dépasserait ses limites biologiques. Mais Nihei, en s’inspirant de cette esthétique, en montre la conclusion logique : quand l’art se soumet à la machine, l’humanité disparaît :

  • L’élémentarisation de Schlemmer mène à l’effacement en effaçant l’identité humaine.

  • La synthèse homme-machine devient asservissement.

  • La quête d’harmonie se transforme en guerre d’extermination pour assurer que seul ceux qui sont autorisé à être dans le système y soient, ce qui amène à la presque extinction de l’humanité et le déraillement de la machine qui gère la Netsphere.



Sources : 

Livre du Bauhaus de Taschen

A voir aussi le transhumanisme post Première Guerre Mondiale, qui est très intéressant, car la réparation des invalides de guerre amène par elle-même déjà à une logique de recherche pour autant réparer les hommes en question qu’amener à toute une humanité augmentée, ce qui a fait l’objet de tout un imaginaire durant l’entre-deux guerres. La série Babylon Berlin dans ses premières saisons avec le personnage du psychiatre nous fait aussi toute une brillante synthèse imagée de ce thème. 

De même le thème raciste de la théorie raciale du Nouvel Homme amène aussi à ce que ce soit pensé dans cette époque comme le transhumanisme d’une seule part de l’humanité, globalement blanche et à priori plutôt germanique. 

Il y’a aussi le thème de la lutte des classes avec le machinisme industriel qui donne tout un contraste à la classe ouvrière par rapport à la classe dirigeante à cette utopie futuriste du transhumanisme. Vous pouvez retrouver ces éléments dans des films comme Metropolis (présent sur Youtube, celui de 1927 bien sûr), qui aborde aussi la robotique.

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