Les couleurs possèdent le pouvoir d'éveiller des réactions émotionnelles ; elles peuvent apaiser, dynamiser ou même tourmenter. Ainsi, la compréhension de leurs implications est un aspect crucial de la maîtrise de la théorie des couleurs, ce qu’a accompli Tsutomu Nihei en deux points.
LE SYMBOLISME DU DUEL ROUGE/BLEU
En analysant les illustrations de Nihei on trouve un pattern concernant l’utilisation des couleurs Rouge et Bleu, et qu’il y’ait des significations convergentes pour chacune de ces deux couleurs primaires.
Du point de vue du fonctionnement technique, Nihei utilise ces couleurs car elles ont une harmonie connue sous le nom d’harmonie triadiques, c’est-à-dire qu’elles rentrent dans un schéma de trois couleurs prises de la roue chromatique en formant un triangle reliant trois couleurs.
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| Roue de la Théorie des couleurs |
Les schémas de couleurs triadiques contiennent toujours des couleurs riches et vibrantes avec un contraste énorme, on pourrait dire qu'elles sont l'opposé d'un schéma de couleurs monochromatique.
D’une manière générale, l’interprétation de chacune de ces deux couleurs est décrite ainsi :
- Rouge : Le rouge est en général utilisé comme une couleur de danger, de force, de puissance et les marques l'utilisent souvent pour montrer le pouvoir, voire la domination. Son effet est physique ; il nous stimule et augmente le pouls, donnant l'impression que le temps passe plus vite qu'il ne l'est. Il se rapporte au principe masculin et peut activer l'instinct de combat ou de fuite. Le rouge est fort et très basique. C'est à la fois stimulant, vivant, et très convivial. En même temps, il peut être perçu comme exigeant et agressif car il rappelle également la couleur du sang.
Associé à : L’excitation, la passion, le danger, l’énergie et l’action.
Effet psychologique : Il provoque les émotions les plus fortes. Le rouge peut également déclencher un danger (comme le feu rouge) ou un avertissement.
- Bleu : Certains voient le bleu comme une couleur apaisante voire parfois liée à la tristesse. La puissance du bleu peut également dégager une atmosphère de tranquillité et de fiabilité.
Associé à : La tranquillité, la sérénité, la fidélité, la confiance et l’intellect.
Effet psychologique : Il provoque des émotions de stabilité, d’harmonie, de paix, de calme et de confiance, certainement lié à la couleur du ciel et de la mer, des éléments qui inspirent la relaxation.
Cependant d’une autre manière, au Japon ces couleurs peuvent être interprétées différemment :
Rouge (赤 - Aka) Le rouge est une couleur très importante au Japon. Elle symbolise la force, la passion, le sacrifice de soi et le sang. Le rouge est souvent utilisé dans les décorations lors d'événements joyeux comme les mariages et les festivals. Dans le théâtre Kabuki, des rayures rouges sur le visage des acteurs peuvent signifier la justice.
Bleu (青 - Ao) Le bleu a une signification intéressante au Japon. Historiquement, le mot "ao" était utilisé pour décrire à la fois le bleu et le vert. Aujourd'hui, le bleu est associé à la tranquillité, la paix et la propreté. Il est également considéré comme une couleur du peuple. Par exemple, les feux de circulation verts sont appelés "feux bleus" (ao shingo) en japonais.
Nihei semble jouer avec ces couleurs au fil de ses planches couleurs pour insinuer un dualisme discret et comme un rappel du moment de dualité auquel est confronté Killee lors de son Instant Fatidique.
| Le dualisme intérieur de Killee reflété par le dualisme de couleurs |
J’ai évoqué lors du paragraphe sur la planche ci-avant, qu’il y’avait un symbolisme dans ces cases qui reflétait un dualisme, hé bien ce symbolisme est retrouvable partout et il y’a une logique que l’on peut percer…
Rouge : Il représente toujours soit le sang lié à la mort, le pouvoir en général, la Netsphere, l’Agence Gouvernementale, les humains au service direct de la Contre-Mesure ou de l’Agence Gouvernementale, l’anormalité, l’enfer, la ville soumise à l’Agence Gouvernementale.
Bleu : Il représente toujours soit la ville dans son aspect actuel soumise au chaos, les humains non liés au système de la Ville, la vie en général. D’une manière secondaire le Vert est interprété de manière identique et cela pourrait s’expliquer d’une manière culturelle.
L’auteur à l’air d’explorer le thème du dualisme et du conflit entre le pouvoir et la vie. Le bleu et le rouge sont utilisés pour représenter des forces opposées : le bleu pour la vie, le chaos, et l'indépendance, le rouge pour le pouvoir, la mort, et le contrôle.
Le Rouge a ainsi une connotation négative malgré qu’elle soit une couleur chaleureuse tandis que le Bleu a une connotation positive malgré qu’elle soit une couleur froide.
La conclusion est que certes la ville est soumise au chaos sans fin des Bâtisseurs mais cela préserve finalement la vie à un certain point dans ce monde froid et presque mort, mort que répand les entités du système obéissant à leur directives (Contre-Mesure), à leurs ambitions de contrôle absolu (Agence Gouvernementale et Corporation) ou leur volonté de préserver le chaos en tuant tout humain potentiellement sain ou en répandant l’infection partout (les Siliciés). Au milieu de ceux-ci se trouve un émissaire du système, le BIOS de la ville, c’est-à-dire Killee.
Ainsi avec cette grille de lecture on peut faire une interprétation des illustrations en couleurs :
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| Interprétation des pages couleurs de Blame selon la théorie du dualisme Rouge/Bleu |
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| Interprétation des pages couleurs de Blame selon la théorie du dualisme Rouge/Bleu |
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| Interprétation des pages couleurs de Blame selon la théorie du dualisme Rouge/Bleu |
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| Interprétation des pages couleurs de Blame selon la théorie du dualisme Rouge/Bleu |
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| Interprétation des pages couleurs de Blame selon la théorie du dualisme Rouge/Bleu |

Interprétation des pages couleurs de Blame selon la théorie du dualisme Rouge/Bleu

LE CONTRASTE CLAIR/OBSCUR
Le contraste clair-obscur est un outil visuel puissant, il consiste à opposer une couleur claire à une couleur foncée et est utilisé depuis des siècles en art pour créer de la profondeur, de l'atmosphère et souligner des éléments clés. On utilise aussi bien des couleurs vives que du noir, du blanc et du gris, la combinaison du noir et du blanc constituant le contraste le plus extrême, il peut être vu comme binaire. Dans le manga, notamment dans des œuvres comme Blame de Tsutomu Nihei, ce contraste joue un rôle crucial dans la construction narrative et l'évocation d'émotions.
D’une manière générale, l’interprétation de chacune de ces « couleurs » est décrite ainsi :
Noir - Les implications psychologiques du noir sont considérables. Il crée des barrières protectrices, car il absorbe toute l'énergie qui vient vers vous et enveloppe la personnalité. Le noir est essentiellement une absence de lumière, car aucune longueur d'onde n'est réfléchie et il peut donc être perçu comme menaçant. En effet, beaucoup de gens ont peur du noir et comme il représente le deuil il peut également représenter l’agressivité et la mort. Positivement, il communique une clarté absolue ce qui lui donne une positivité et fonctionne particulièrement bien avec le blanc. Entre les deux il peut également véhiculer des thématiques autour du mystère et de la sophistication.
Occident : Le noir est souvent associé à la mort, au mal, au mystère, à l'inconnu et à l'absence de lumière. Il peut aussi symboliser la sophistication, l'élégance ou le pouvoir.
Japon : Le noir peut également symboliser la mort et le mal, mais il est aussi associé à la nuit, au silence, à la profondeur, la simplicité et à la force. Le noir est souvent utilisé dans les arts martiaux pour représenter la puissance et la concentration.
🔎 Le noir, très présent dans Blame, il joue un rôle ambivalent et accentue le style cyber gothique. L’auteur l’utilise pour représenter les profondeurs de la Mégastructure, il sert aussi à symboliser l'inconnue et dans un sens connexe l’obscurité ou le vide, il sert aussi allégrement à représenter les personnages qui portent la mort et qui sont maléfiques envers l’humanité, mais aussi parfois à donner une ambiance d’angoisse, de protection ou de mystère, renforçant le sentiment d'isolement et de désespoir des personnages face à la menace et l’immensité de la Mégastructure.
Blanc – Tout comme le noir est une absorption totale, le blanc est une réflexion totale. Il reflète toute la force du spectre dans nos yeux. Ainsi, il crée également des barrières, mais différemment du noir, et c'est souvent une contrainte à regarder car il nous ébloui. Il communique : « Ne me touchez pas ». Le blanc n’est que pureté, innocence et, comme le noir, sans compromis. Il est propre, hygiénique et stérile. Le concept de stérilité peut aussi être négatif et rappeler la vision commune de l’au-delà. Visuellement, le blanc donne une perception accrue de l'espace.
Occident : Le blanc est associé à la pureté, à l'innocence, à la lumière, à la paix et à la nouvelle vie. Il peut aussi symboliser l’au-delà, la stérilité ou le vide.
Japon : Le blanc est également associé à la pureté et à la simplicité. Il est souvent utilisé dans les arts martiaux pour représenter la perfection et l'harmonie. Il représente aussi la mort et le deuil.
🔎 Le blanc dans le manga Blame est beaucoup plus rare, il représente bien sûr la lumière et certains vides, mais il représente également la pureté, l'innocence des personnages comme Shibo ou les Electro-Harponneurs qui ne font que survivre, mais aussi la froideur technologique, d’entités technologiques, la stérilité de la Mégastructure, l’absence de vie et la déshumanisation comme la version normale de Mensaab ou les Exterminateurs. Dans ce dernier aspect par exemple, les murs blancs de la Mégastructure peuvent évoquer un sentiment de désolation stérile.
C’est ainsi que par contraste à cet aspect négatif, on peut voir fonctionner la vision de l'espoir et de la pureté au milieu de cet enfer obscur.
Mais le blanc pour retranscrire l’aspect cyber gothique marche moins bien et moins souvent sur la longueur, ce qui nécessite de le salir pour retranscrire le style.
Gris – Il aurait plus de caractéristiques négatives que positives. Une couleur intemporelle et pratique, elle est sans émotion, maussade, terne et sale d'une part, mais d'autre part, dans le bon contexte, elle est sophistiquée, synonyme de connaissance et de sagesse. Le gris neutre parfait, une couleur intermédiaire, peut être utilisé comme une toile pour les designers. La zone « grise » est souvent entendue et se situe entre le noir et le blanc, et est sans émotion.
🔎 Nihei utilise également le gris pour créer des nuances et des transitions entre le noir et le blanc. Le gris peut symboliser souvent le côté décrépie, poussiéreux et chaotique de l’environnement de la ville. Et ajouter de l’’anormalité à l’aspect gothique des infrastructures et des personnages.
Le contraste entre le noir et le blanc dans Blame sert donc à :
Souligner un contraste général ou particulier : Le noir représente les ténèbres, la mort et la destruction, tandis que le blanc symbolise la lumière, la vie et l'espoir. Et il peut être utilisé de manière inverse mais toujours en gardant ce contraste. Il peut également servir à souligner l’immensité de la Mégastructure et nous faire étouffer en la découvrant du point de vue de Killee, qui est comme une fourmi devant elle. Le fait que ce contraste soit omniprésent par nature dans un manga et recherché par l’auteur dans son manga, reflète les luttes des personnages et les enjeux de l'histoire.
Créer une atmosphère de mystère : Le contraste entre les zones d'ombre et les zones éclairées crée une atmosphère mystérieuse et intrigante, incitant le lecteur à explorer les recoins sombres de la Mégastructure.
Narration visuelle : Le contraste peut être utilisé pour guider le lecteur à travers l'histoire. Par exemple, les zones claires peuvent attirer l'attention sur les personnages et les actions importantes, tandis que les zones sombres créent un arrière-plan riche et détaillé. Et inversement.
Voici quelques exemples de l’usage de ce constate clair/obscure et de l’usage du gris :
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| Utilisation du contraste Clair/Obscur |
En conclusion, le contraste clair-obscur est un élément essentiel de l'esthétique de Blame. En utilisant habilement le noir et le blanc, Tsutomu Nihei parvient à créer un univers visuel riche et complexe, qui reflète à la fois la beauté et l'horreur de la condition humaine qui y vit.









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