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Dossier : Moon Lost - passé au crible

 LA LUNE A DISPARU ! La Terre cherche une remplaçante. L'Europe candidate. Washington est hostile. _φ(  ̄0 ̄)ノ Enquête sur Moon Lost, le manga de Yukinobu Hoshino publié chez Black Box - l'uchronie europhile de 2002 qui imaginait une Europe puissance, sauveuse de l'humanité et les États-Unis en saboteurs. Vingt ans plus tard, on ne sait plus très bien si c'est de la science-fiction ou de l'anticipation politique. (/ω\)




SOMMAIRE

1. Introduction : Une lune perdue mais une Europe trouvée

2. Europe vs USA : Une uchronie géopolitique prophétique ou l’uchronie d’une réalité dépassée

3. Hard SF : Quand la science devient vertige

4. La fiction dramatique : La science face à la conscience

5. Sous la SF, le mythe : Symbolisme et religion

6. La relecture secrète

7. La réalisation et le regard de l'auteur

8. Conclusion : Pourquoi Moon Lost est une pépite méconnue à redécouvrir





1. Introduction : Une lune perdue mais une Europe trouvée

Imaginez un monde où la Lune, cet astre froid et immobile auquel on ne prête plus attention en raison de son éternelle et discrète présence, aurait disparu. Pas à cause d’un phénomène surnaturel, non, mais à cause d’une manœuvre désespérée qui a partiellement échoué à sauver la Terre d’un astéroïde mortel. Cette manœuvre a entraîné une catastrophe écologique sans précédent : marées déchaînées, climat déréglé, montée des océans, et une humanité au bord du chaos. Obligeant ses scientifiques et gouvernements à œuvrer désormais ensemble pour assurer un avenir au genre humain, en tentant de récupérer une nouvelle lune. Mais l’humanité saura-t-elle s’affranchir de ses vieilles logiques antagoniques… ou sombrera-t-elle ?

C’est le pitch de Moon Lost, un manga en forme de film d’anticipation par Yukinobu Hoshino, qui fut publié en 2002-2003 et est en français chez Black Box.


Yukinobu Hoshino, est considéré au Japon comme un maître de la Hard SF et a été récompensé du Prix Seiun, il a signé avec Moon Lost une œuvre qui se révèle être à la fois haletante et incroyablement réfléchie. Ses récits, toujours à la frontière entre anticipation scientifique et contes philoso-écologiques, se distinguent par un dessin réaliste, des personnages charismatiques et une narration de films populaires (Armageddon, 2001 : L'Odyssée de l'espace, Un Cri sous l’Océan, Nimitz, Jurassic Park,...).



Alors, comment Hoshino parvient-il à mêler science, politique et symbolismes pour créer une œuvre à la fois réaliste, voire prophétique, et qui révèle une étrange symbiose poétique des thématiques européennes avec l’astronomie ? C’est ce que nous allons explorer ! ᕕ( ᐛ )ᕗ



2. Europe vs USA : Une uchronie géopolitique prophétique ou l’uchronie d’une réalité dépassée

Dans la réalité des années 90-00 où fût imaginé ce manga, l’Union Européenne tentait de devenir une société égale aux États-Unis. Puis l’ère des crises sans fin est arrivée avec la crise de 2008... Mais dans Moon Lost, Hoshino imagine un monde où en 201x, elle serait devenue puissance... et où les États-Unis n’ont pas aimé ça… (´・` ’)>

Les amenant aussi dans cette optique d'antagonisme égoïste, à saboter les missions lunaires et la mission mondiale de récupération d’une nouvelle lune, espérant ainsi que l’axe terrestre se déplace à nouveau en leur faveur sans que cette lune ne fige la nouvelle réalité qui est en leur défaveur, peu importe le coût pour les autres, ne laissant ainsi qu’un monde dévasté et des Etats-Unis résilients dans une position idéale qui sera pour longtemps sans rivals.

Moon Lost a été publié en 2002-2003, et son futur repose sur une projection géopolitique uchronique directement inspirée de cette époque. Aujourd’hui oubliée, cette réalité historique imprègne pourtant le manga comme un témoignage de ce qui l'a nourri : une Europe alors en position de puissance mondiale, seule, face à des États-Unis encore dominants mais contestés.


À l’époque, l’Union Européenne était en effet le seul bloc capable de rivaliser avec les États-Unis, même si sa priorité était davantage la comparabilité économique et sociale que la confrontation directe, ce qui donnait de facto un fort contraste d’ambiance entre les deux blocs. La Russie, auparavant l’ancienne autre superpuissance, était toujours affaiblie par la chute de l’URSS en 1991 (lien Chute de l’URSS), et avait perdu une grande partie de son influence militaire et politique. Quant à la Chine, elle n’était pas encore la superpuissance que nous connaissons aujourd’hui (lien Réforme économique chinoise), son PIB était encore dix fois inférieur à celui des Etats-Unis, étant encore en train à ce moment-là de devenir l'usine du Monde (en 2003, 1 684 milliards contre 11 456, source Banque Mondiale), et elle n’avait pas encore lancé ses programmes spatiaux ambitieux (comme les missions Chang’e vers la Lune, démarrées en 2007).

Pour illustrer cette réalité qui tient aujourd'hui de la fiction, en 2003, l’Union Européenne était la deuxième économie mondiale, juste derrière les États-Unis. 

PIB nominal en dollars (2003) : États-Unis : ~11 456 | Union Européenne (15 pays à l’époque) ~10 365 | Japon : 4 573


Autant dire que selon la parité de devise c'était la même chose et on pouvait voir que les niveaux de vie dans les sociétés étaient plus ou moins égaux au-delà des habitudes et choix sociétaux propres aux deux zones, les seules différences structurelles étant que les Etats-Unis avaient un meilleur taux de chômage et une meilleure croissance. Après 2008, La crise financière américaine a creusé l’écart. En 2023, le PIB des États-Unis était environ 1,5 fois supérieur à celui de l’UE (25 000 milliards vs. 16 000 milliards).

Et dans le domaine spatial en 2003, sur le plan budgétaire, seuls les USA et l'Europe se démarquent ; la Russie reste le premier lanceur mondial en volume, mais avec des moyens qui deviennent rustiques et subissant un exil continu de ses ingénieurs ; et la Chine et le Japon existent plus ou moins notablement. Ce qui alimente dans le récit du manga pourquoi l’ESA est maître d'œuvre et les autres plutôt sous-traitants.

Budget Spatial en 2003 : NASA (Etats-Unis) : ~15 milliards de dollars | Agence Spatiale Européenne (ESA) : ~4.358 milliards d’euros |  JAXA (Japon) : ~2 milliards de dollars réel pour l’année 2007 | ROSCOSMOS (Russie) (pour l’année 2006), 25 milliards de roubles (environ 900 millions de dollars US) | CNSA (Chine) 200 millions de dollars (mais estimé par les autres agences entre 1.35 et 3 milliards de dollars). Ci-dessous l’état des lancements spatiaux par pays entre 2000 et 2002. (voir plus bas rubrique sources car lien impossible sur fond couleur)


Cependant la collaboration était nécessaire pour l'Europe, car l’ESA dépendait volontairement fortement des États-Unis pour certains projets (ex. : les missions humaines comme la Station Spatiale Internationale), mais elle développait certains programmes par elle-même mais souvent par l’action de la France, comme la fusée Ariane (opérationnelle depuis 1996) ou la sonde Mars Express (lancée en 2003). Ainsi à la différence d’autres pays souverainistes, l’ESA n’a jamais été une agence visant la rivalité et visait la collaboration.

C’est ce contexte historique que Hoshino exploite dans Moon Lost : une Europe unie et qui a réussi dans cette trajectoire, incarnant par sa nature même le multilatéralisme, face à des États-Unis unilatéraux, agissant seuls pour défendre leurs intérêts et veillant à toujours être le numéro un de très loin. (☍﹏⁰)___̿̿ ̿̿ ̿’̿’̵͇̿̿з=༼ ▀̿̿Ĺ̯̿̿▀̿ ̿ ༽usa first motherfucker 


Dans le manga, cette dynamique se traduit par :

- L’ESA et par extension l'UE comme héros : Une organisation multinationale (20 pays membres de l’ESA en 2003) qui tente de sauver l’humanité en déplaçant la lune Europe, une lune de Jupiter. Sa nature est également comparable à l’idée de multilatéralisme de l’ONU et incarne un outil narratif de personnification du reste du Monde. Et les européens sont soutenus par la participation humaine et financière des autres états comme les pétromonarchies du Moyen-Orient finançant sans compter la stratégie européenne du projet Europa.

- Les États-Unis en antagonistes souterrains : Bien que participant officiellement mais avec réticence au programme mondial, ils sabotent le projet Europa, car ils ne veulent pas perdre leur suprématie potentielle et fixer leur position vers le nouveau Pôle Nord, même si cela signifie condamner le reste du monde.

Cette uchronie repose donc sur un postulat crédible en 2003 : et si l’UE avait poursuivi sa montée en puissance pour devenir une fédération politique et non uniquement économique et commerciale ? Moon Lost imagine un monde où l’Europe incarne l’espoir d’une coopération internationale, tandis que les États-Unis, prisonniers de leur unilatéralisme, deviennent les antagonistes de l’histoire.


Et on peut également noter que même le concept de loyauté est pris en compte dans Moon Lost, l’Agence Spatiale Européenne (ESA) et l'Union Européenne incarne un idéal par son multilatéralisme, une coalition de nations qui s'unissent pour un but commun d'amélioration et qui dépasse donc le classique trope d’amélioration d’un seul peuple pour son seul profit. Pourtant, on ne peut pas dire que Hoshino idéalise ce modèle. L’ESA, comme toute organisation multinationale, est minée par les intérêts divergents de ses membres, de quelque niveau qu'il soit (l'État ou l’individu). Certains États ou individus, prêts à trahir pour le plus offrant (ex : affaire des missiles ROLAND découverts par la Pologne en Irak), privilégient leurs intérêts nationaux ou propres plutôt que la loyauté envers le groupe, ce qui contraste avec les entités plus homogènes comme les Etats-Unis. Ce manque de cohésion n’est pas une invention de l’auteur, mais est aussi un reflet de la réalité historique que les Etats-Unis parviennent ici à exploiter. ʕ•̫͡•ོʔ•̫͡•ཻʕ•̫͡•ʔ•͓͡•ʔ


La rivalité américaine qui est dessinée n’est pas non plus une exagération. Elle peut être comparée à la logique historique de Rome face à Carthage, la Grèce ou la Parthie, les États-Unis voient tout challenger comme une menace à écraser ou à contrôler, même si ce challenger est un allié ou amical de longue date. Quelques exemples :

- La rivalité entre les USA et le Royaume-Unis dans les années 1920-1930 dont les scénarios de risque de guerre à l’époque prévoyaient une confrontation entre les deux empires bien que jugé faible (relation RU/USA), ce qui a amené les Etats-Unis à chercher la parité avec la Royal Navy, et celle contre l'empire du Japon alors en compétition pour la zone Pacifique, dont le risque plus certain s'est réalisé.

- La Guerre Froide avec les USA qui au-delà de la rivalité entre les deux blocs, ont saboté des projets soviétiques (ex. : programme Bourane).

- Les Années 1990-00 entre l’UE et les États-Unis qui ont imposé des sanctions à des entreprises européennes collaborant avec l’Iran ou la Chine, ou en 2003 lors de la Guerre d'Irak, forçant des choix entre loyauté à l’UE ou soumission aux Etats-Unis, et espionné leurs alliés (ex. : affaire Echelon, révélée en 1999, où la NSA espionnait les communications européennes comme une petite amie folle).

Mais si l’Europe de Moon Lost incarne un idéal multilatéral fragile, les États-Unis, eux, y jouent un rôle bien plus sombre et récurrent à travers les histoires de Hoshino. Pourquoi Hoshino en fait-il des antagonistes aussi convaincants et aussi souvent dans ses histoires ? (`∀´)Ψ

Parce qu’ils incarnent simplement un trope narratif d’antagoniste impérial, mais aussi connu (voir article Persée en rubrique source pour plus). En effet, celui basé sur une logique historique implacable : la superpuissance impériale qui, à l’image de Rome face à Carthage ou de la Grèce, ne tolère aucun rival et use de tous les moyens pour le dominer, tant bien même était-il amical de longue date, d’une manière général on pourrait aussi le rapprocher de l’archétype du personnage rival qui entraîne de facto l’introduction du faux allié (voir article Librinova en rubrique source). Les États-Unis, moteur de la conquête spatiale et du complexe militaro-industriel, symbolisent aussi l’hégémonie occidentale qui a historiquement dominé la science, la technologie et la politique mondiale tout le long des XIXème et XXème siècles. Leur représentation comme opposants égoïstes au projet Europa n’est pas seulement une critique réaliste des dynamiques géopolitiques, mais aussi un cliché accessible : celui de l’empire qui écrase toute velléité de défi. Mais également, pour donner une crédibilité géopolitique déjà contextualisée à ses récits d’envergure se basant dans le réel comme le sont Moon Lost ou Blue World, Hoshino se repose ainsi et aussi d’une manière un peu démuni, sur la seule puissance existante contextualisée pour le lecteur de 2002-2003, et capable de financer ou d’imposer son agenda à tous les autres.


Mais nuance, si l’auteur aime utiliser les américains, il ne verse pas dans un anti-américanisme primaire. Preuve en est cette polémique autour de sa BD National Shame Manga, où il brocarde avec une ironie mordante aussi bien l’occupation américaine qu’en particulier les autorités impériales japonaises en charge de la guerre durant la Seconde Guerre mondiale, l’armée et la psyché nationale de l’époque. L’humour noir et l’autodérision y côtoient une critique sans concession. D’ailleurs, il est tout aussi capable de mettre en scène des Américains héroïques, comme dans la nouvelle Seelöwe, où un sous-marin empêche l’invasion du Royaume-Uni par l’Allemagne nazie (les deux dans le recueil : El Alamein no Shinden).



Mais au-delà de ces dynamiques géopolitiques, c’est aussi par sa rigueur scientifique que l’auteur se distingue et c’est là que le vertige commence. _φ(□□ヘ)



3. Hard SF : Quand la science devient vertige

L’auteur ne s’est pas laissé à raconter une histoire de science-fiction avec de la pseudo science dans un futur proche uchronique des années 2010-2030, il la construit avec une profonde rigueur scientifique à l’aide des connaissances scientifiques des années 1990-2000. Ce qui en garde les éléments narratifs vraisemblables, en dépit des designs futuristes qui eux ont perdu en pertinence du fait qu’on a dépassé ce futur. 


Tout le plan narratif de science futuriste utilisée est lié au fait que pour sauver la Terre d’un astéroïde, le Dr. Frost, un physicien anglais, propose une théorie révolutionnaire mais encore non éprouvée : la théorie des univers-branes. En modifiant le principe des accélérateurs de particules en construction sur la Lune, il génère des trous noirs nanométriques qu’il envoie vers l’astéroïde pour le faire s'effondrer sur lui-même. Mais son plan fonctionne… trop bien, l’astéroïde disparaît bien mais la Lune avec, déclenchant une catastrophe écologique mondiale. L’axe de la Terre se déstabilise, provoquant tsunamis, tempêtes et un climat bouleversé et chaotique. Pour remédier à cela, le projet Europa est lancé : déplacer Europe, une lune de Jupiter, pour remplacer la Lune. Toujours avec la même théorie, mais cette fois-ci avec un recul de 15 ans.


Comme précisé, Hoshino ne s’est pas contenté d’inventer, il s’est appuyé sur des théories réelles pour donner une crédibilité vertigineuse à son récit, et en les validant non seulement à l’aide d’une riche documentation, mais aussi en faisant appel à des experts scientifiques afin de tenter de garantir la précision de ses récit, comme il l’a expliqué en ce sens notamment dans une interview à Naoki Urasawa en 2020 sur NHK ou dans des recueils comme 文藝別冊 総特集星野之宣. Voici quelques-unes des idées clés expertisées φ(..) :

- Théorie des univers-branes : Qui est le morceau de science le plus complexe à appréhender. Il est inspiré par la Physique Théorique, ce concept suggère que la gravité qui s'atténue fortement avec la distance pourrait se propager dans des dimensions supplémentaires (à partir de la cinquième dimension). Frost utilise cette théorie pour créer des nano-trous noirs en collisionnant des particules dans un accélérateur, générant une gravité extrême à courte distance, qu’on pourrait aussi imager comme un effet d’aimant pour bouger un corps par attraction ou expulsion.

- Les conséquences de la disparition de la Lune : Bien qu’il y ait quelques erreurs comme la réalité de la représentation de la montée de la mer suivant ce que donne les derniers modèles calculant la localisation de la montée de la mer, on retrouve bien les effets qu’aurait l’absence de Lune ou sa perte soudaine sur l’axe de rotation de la Terre et le climat.

- Lutte orbitale contre les corps célestes et leur déplacement : Les années 00 ont été l’objet de vastes débats en la matière et surtout après la sortie du manga en 2003 lors de l’affaire de l’astéroïde Apophis (voir articles en sources dont celui de l’ESA), ce manga fut peut être inspiré par d’autres débats antérieurs, qui ont d’ailleurs questionné sur le besoin d’un effort de recherche spatiale pour suivre les corps célestes et disposer de plans pour éventuellement les combattre. On retrouve donc dans ce récit pourquoi la frappe nucléaire est réfutée et comment on pourrait déplacer un corps céleste comme Europe vers l’orbite terrestre.

- Les accélérateurs de particules : Qui dans le récit sont nommés et se basent sur la réalité de vrais accélérateurs qui permettent de faire des tests en laboratoire sur le comportement des atomes entre autres mais aussi des trous noirs, ce qui a d’ailleurs fait naître une peur aux Etats-Unis en particulier (voir sources dont l’article Un mini-trou noir au CERN ? Absurde !), dont certains pensaient que mal utilisé cela pouvait détruire la Terre ce qui a lancé la machine américaine d'extra juridicisation. L’idée de la destruction de la Lune est du coup peut-être alimentée par cette théorie du complot. Dans le récit, ils sont incarnés d’une part par le Jupitron de l’ESA, qui est monté sur un vaisseau spatial dans le but de déplacer la lune Europe selon l’application de la Théorie des Cordes et des Univers Branes. Il y a également le Lunatron sur la Lune, dans la base Artemis de l’ESA, qui a initialement été détourné de son but scientifique et de ce qui est vaguement insinué, de protection lunaire contre les objets approchant la base, afin de détruire l’astéroïde mortel. Et bien sûr, il y a les équivalents dissimulés des Etats-Unis, qui eux sont utilisés purement dans une optique d’arme.  

Comme dit dans l’interview NHK, l’auteur aime explorer des scénarios "what if" (que se passerait-il si...) pour pousser les limites de l’imagination tout en restant ancré dans la réalité, c’est un fondement de beaucoup de ses récits (dont un certain nombre existe aussi en anglais). Si l’auteur a tenté de vulgariser au maximum en utilisant comme outil narratif le Dr Frost pour présenter leurs fonctionnements de manière naturelle, on en reste que nous sommes dans un récit qui est exigeant, de par sa nature de Hard SF, ce qui amène en lisant les avis critiques des lecteurs à autant avoir une science qui divise… qui fascine.

Des avis du net japonais, il ne semble pas rare de trouver des lecteurs percevant les explications théoriques (comme la théorie des univers-branes ou la génération de trous noirs nano) difficiles à suivre. Pourtant, c’est aussi ce qui est perçu comme la force de Moon Lost, la communauté japonaise de SF apprécie le mélange vraisemblable entre mécanique céleste, physique quantique et fiction. Au final, cela souligne le côté défi scientifique que furent les solutions imaginées par Hoshino pour déplacer un corps céleste, intéressant pour les nerds astronomes mais qui peut vite devenir complexe pour le reste de la population… ou de ses traducteurs. (。◝‿◜。)


A ce sujet, voici une anecdote partagée par la traductrice en français de Moon Lost (Aline Kukor, pour les éditions Black Box) qui a confié lors d'un entretien que cette œuvre avait été l'un des mangas les plus complexes à traduire de sa carrière. La densité du vocabulaire scientifique lié à la physique quantique, à la mécanique spatiale et aux théories astrophysiques lui ayant demandé une rigueur constante pour ne pas trahir le niveau de précision voulu par Hoshino dans le texte d'origine. Et on peut supposer, que de son côté, elle n’a eu que ses recherches internet comme aide, comme elle le souligne de son mode de travail.

Lien interview : https://traduqtiv.com/2024/05/24/le-manga-ou-la-manga/

Mais tous ces efforts de l’auteur dans sa quête de vulgarisation scientifique soulève une question tout aussi vertigineuse : jusqu’où l’humanité est-elle prête à aller pour survivre ? C’est là que Moon Lost bascule dans le drame humain, voire même les drames, où quand la science rencontre la conscience.



4. La fiction dramatique : La science face à la conscience

Le récit ne se contente pas d’être qu’une aventure scientifique et politique : c’est aussi une tragédie humaine, où chaque personnage est confronté à des dilemmes moraux déchirants. Entre responsabilité scientifique, sacrifice maternel et choix écologiques.

Tout d’abord, nous avons le personnage d’Alexander Frost, physicien théoricien anglais, qui a été l’architecte involontaire de la catastrophe. En appliquant sa théorie des univers-branes non encore testée, il génère des nano-trous noirs pour détruire l’astéroïde menaçant la Terre. Mais une erreur entraîne la disparition de la Lune, déclenchant le chaos. Cible d’un attentat terroriste, qui sert de mécanisme pour narrer le côté de la population civile éprouvée par la catastrophe et étant moins compréhensive sur le résultat, que la population scientifique et gouvernementale qui comprend ce qui a été réalisé, il perd alors la majeure partie de son corps.


On peut d’ailleurs noter un contraste saisissant au niveau du choix de son apparence, qui évoque un potentiel d’amertume suite à cet attentat. Au début, Frost a l’allure d’un savant excentrique (à la Doc Brown). Et par la suite dans l’arc du projet Europe, amputé et marqué par la souffrance, il inspire une inquiétude profonde, à l’image d’un savant fou assoiffé de vengeance mais tue en apparence. Pourtant, malgré son apparence, il reste animé par une volonté humaniste loin de l’amertume.

Son sacrifice final pour le projet Europa (dont il se consacre “entièrement” pour permettre à Europe de rejoindre l’orbite terrestre) est reconnu par ses pairs, comme le capitaine Stallion, qui comprend la nécessité impérieuse de son acte, et rappelle à la fin au lecteur qu’il faut voir au-delà des apparences. (☍﹏⁰)

Il incarne ici le drame du scientifique, dont l’innovation sauve le monde… mais au prix d’un désastre collatéral.


Ensuite, nous avons Diane Claudel, mère de Judith et astronaute d’exception, elle incarne un double symbole narratif, premièrement celui de la maternité et secondairement de la Lune elle-même. Lors de la mission pour détruire l’astéroïde, elle se sacrifie, entraînant sa mort et celle de son équipage pour sauver la vie terrestre… et en particulier de sa fille.


Son prénom, Diane, et le nom de la base lunaire Artémis (où elle travaillait) ne sont d’ailleurs pas anodins, Diane/Artémis, sont les noms liés à la déesse de la Lune et de l’accouchement, elle meurt ainsi en donnant métaphoriquement la vie lors de son travail. Sa disparition symbolise la perte de la Lune, qui prend une teinte humaine, mais aussi la naissance d’une nouvelle ère (celle de Judith). Elle meurt en couches, pour que sa fille puisse vivre et porter ainsi l’espoir de l’humanité dans la suite du récit. /(;´Д`)

Elle incarne donc le drame maternel et le drame classique de la lutte pour la préservation de la vie propre au récit biblique lié à l'Armageddon.



Puis, nous avons Judith Claudel, astronaute française de l’ESA, qui hérite du fardeau de sa mère et devra faire face à un dilemme éthique cruel : doit-on sacrifier la vie extraterrestre nouvellement découverte sur Europe pour sauver la Terre ? Les dirigeants de l’ONU et de l’ESA priorisent la réussite du projet Europa, quitte à détruire un écosystème alien. Judith, elle, personnifie la lutte écologique en souhaitant préserver cette vie, tout en accomplissant quand même la mission. Ce conflit moral offre ainsi une maturité et de la nuance d’ensemble. (¯―¯٥)

Drame éthique qui est d’ailleurs l’un des choix d’accroche de la présentation du manga : "Jusqu’où l’humanité est-elle prête à aller pour survivre ?" Et si la réponse était… au prix de sa propre humanité ?



Enfin, nous avons les drames secondaires, mêlant trahisons et parfois sacrifices.

Tout d’abord celui autour de Mark Stallion, un astronaute vétéran américain, et capitaine du vaisseau Kadmos, il sera initialement forcé à trahir ses idéaux. Les États-Unis enlèvent à cet effet sa fille pour le faire chanter et saboter le projet Europe. Pourtant, il résiste à la pression et se sacrifie pour sauver Judith et la mission, prouvant que l’humanité même américaine peut encore choisir la valeur de la loyauté humaine. (¬з¬)

Après il y a les drames mineurs autour de certains personnages secondaires, souvent désillusionnés et qui illustrent l’aspect des conséquences de la perte de la Lune (et de leurs familles), qui trahissent pour de l’argent. Les USA, riches et manipulateurs, exploitent cette faiblesse humaine pour saper le projet.


Cependant il y a une limite narrative à ces drames, surtout ceux liés à la trahison, car ils sont moins développés que celui autour de Stallion. Les personnages secondaires restent souvent trop fonctionnels, ce qui diminue l’impact émotionnel pour nous lecteurs. Pourtant, ils renforcent le réalisme des situations, dans un monde en crise, la loyauté peut finir par n’être plus qu’une question de prix.


Mais ces drames humains ne sont pas que des conflits moraux, ils s’inscrivent aussi dans une dimension mythologique et symbolique, où chaque personnage, chaque choix, dépasse la simple réalité pour devenir symbole qu’il est intéressant de percevoir.



5. Sous la SF, le mythe : Symbolisme et religion

Moon Lost est aussi une œuvre fortement poétique, où chaque détail, chaque nom, chaque choix narratif tisse dans une symbiose un réseau incroyable de symboles aussi riches que subtils. Hoshino, maître de la hard SF se révèle aussi fin connaisseur d’histoire et de mythologie, il mêle avec une grande maîtrise de ses sujets la science, le folklore et la religion pour créer une allégorie universelle capable de donner vie à des idées audacieuses sans jamais sombrer dans le vide.

Tout d’abord, nous avons une mythologie multiculturelle au service de l’uchronie, qui reflète incroyablement tous les sujets traités dans le récit. Si la mythologie européenne domine le récit par logique (l’astronomie a été fortement impactée par l’Occident donc l’Europe, et l’UE est inspirée de la Grèce) et est explicité pour que le lecteur comprenne la symbolique, Hoshino y intègre aussi des références musulmanes, juives et même bibliques (ainsi que des aperçus de la présence lunaire dans la religion hindoue, sumérienne,... afin de refléter le poids de l’image de la Lune dans les civilisations à travers le reste du monde et du temps), reflétant la diversité culturelle de l’ESA et de l’ONU. Cette intertextualité mythologique renforce l’idée que le projet Europa n’est pas seulement européen, mais universel, une coalition de l’humanité où chaque culture apporte sa pierre à l’édifice.



Chaque nom de vaisseau annonce implicitement le destin de son équipage par le fondement du mythe grecque sur lequel il repose, en effet, leurs noms, leurs fonctions et leurs destins s’inscrivent dans une logique mythologique aussi subtile que poétique : le Kadmos (la persévérance de l’héroïne), l’Harmonie (la division par la trahison), le Phénix (la renaissance), Cilix (le châtiment), le Jupitron (le pouvoir incroyable). Ces vaisseaux ne sont donc pas que des outils technologiques, ils sont des allégories servant de piliers à une narration mythologique, où la science rencontre le symbole, et où chaque détail contribue à l’harmonie poétique du récit.


- Kadmos : Nommé d’après Cadmos, fondateur mythologique de la civilisation de  Thèbes, ce vaisseau subit de lourdes pertes et avaries, mais achève la mission en apportant une nouvelle Lune, amenant ainsi une nouvelle ère civilisationnelle. Comme son homonyme, qui a dû affronter des épreuves terribles pour établir une cité, le Kadmos incarne la résilience et la persévérance malgré les sacrifices. 

Il est aussi connu pour avoir été l’époux d’Harmonie, ce qui est le destin du Kadmos qui finit le récit avec le vaisseau Harmonie, et qui, commandé par une capitaine allemande, ( ˘ ³˘)❤ et comme le co-commandant du Kadmos est française, rappelle aussi la métaphore du couple franco-allemand (ou de l’amitié car la notion de ménage n’est que du côté français, oui la France est friendzonée par l’Allemagne… (╥_╥ )).


- Phénix : Perdu dans l’océan intérieur d’Europe au début de la mission, puis retrouvé intact, ce vaisseau incarne la renaissance. Comme l’oiseau mythique qui renaît de ses cendres, le Phénix disparaît pour mieux réapparaître.  ┻┳|・ω・)ノノ

Dont le drame permet la découverte de la vie extraterrestre dans les profondeurs de la lune et par la suite de ravitailler l’héroïne, qui fait intéressant, si l’héroïne est rattachée à la culture juive, le Phénix est aussi présent dans mythologie hébraïque et juive, ce qui fait des scènes d’évacuation des survivants et du ravitaillement, une image de passerelle, comme s’il transmettait son pouvoir au vaisseau de Judyth (renfort d’équipage et énergie). Son destin symbolise l’espoir et la persistance de la vie, même dans les situations les plus sombres. 

On peut aussi remarquer que le personnage du capitaine russe symbolise les traits du personnage du cosmonaute soviétique, soit une grande rigueur et expertise (du fait que le cosmonaute soviétique pouvait être redevable personnellement des erreurs de mission) et un côté social abrupte (alimenté en partie par la rivalité politique et la tradition russe de grimacer), et l’allusion aux services secrets russes rappelle aussi le poids qu’elle avait dans l’URSS, tout comme les liens entre l’espionnage et l’histoire de la conquête spatiale. 

A noter que l’équipage est composé à moitié de russes et de membres d’anciens pays du Pacte de Varsovie qui auparavant collaboraient avec Roscosmos, il représente ainsi le ratio d’importance existant de l’industrie spatiale russe dans les années 95-00, qui bien que technologiquement devenant à la traîne avait encore de l’importance par son grand nombre de lancements. On pourrait aussi ajouter que la métaphore du Phénix reflète la renaissance de Roscosmos après la chute de l’URSS qui renaît à travers la Russie.


- Cilix : Son équipage est composé de membres de pays musulmans comme l’Irak, il est une référence grecque à Cilix, fils de Phénix et d’Arabos, premier roi d’Arabie, il a aussi donné son nom à la région historique de l’actuelle Turquie (pays aujourd’hui à majorité musulmane). Le nom du vaisseau est donc une passerelle entre le monde occidental et oriental qui finance abondamment le programme Europa. Autre symbole de cette union, un couple s’est formé entre les équipages du Cilix et du Phénix, illustrant le couple du mythe.

Le vaisseau finit détruit par le feu lié au Jupitron, comme une allégorie du châtiment divin dans le mythe (Zeus/Jupiter, dieu du tonnerre et de la foudre). Comme dans les mythes grecs, où les défis aux dieux se soldent souvent par une punition, le Cilix rappelle que l’orgueil et l’ambition (ici, le projet Europa) peuvent avoir un prix dévastateur. On peut également ajouter que le fait que le Cilix se présente devant la toile du Jupitron, représente une scène d’une mouche s'apprêtant à se perdre contre la toile où elle se fera dévorer, image qui est récurrente, car reprise aussi pour l’arc de l’Harmonie.


- Jupitron : Qui inclut un dispositif de toile (qui fait aussi partie discrètement de la mythologie avec le mythe d’Arachné, et l’idée du destin tissé fait aussi partie de la mythologie, ce qui est aussi ce qu’amène la toile qui est détendue dans l’espace de Jupiter ou l’aspect Odyssée de ce voyage avec Pénélope qui tisse et détisse sa toile) et dont le vaisseau fait référence autant à la planète Jupiter qui détient la lune Europe, qu’à la figure de Zeus/Jupiter, dont le pouvoir est similaire, un feu céleste lié aux tirs gravitationnels, de même on peut remarquer que seul le professeur Frost dispose de ce pouvoir et du privilège d’être dans ce vaisseau tout comme Zeus était le seul dépositaire de son pouvoir et de ses privilèges. 

Le récit de la capture de la lune Europe du projet Europa symbolise aussi le mythe du vol d’Europe, fille de Phénix, par Zeus/Jupiter qui tombe amoureux d’elle et s’enfuit avec elle à travers la mer, ce qui au final, est la suite logique de ce qui arrive avec le Jupitron et la lune Europe et qui est aussi expliqué dans le récit.


- Harmonie : Vaisseau-relais, il porte en lui le germe de la trahison tout comme de son mythe lié au collier de la déesse, le cadeau empoisonné, ce qui lance ici l’arc narratif des trahisons. Son nom évoque aussi l’harmonie brisée, ce qui révèle l’ironie tragique de la seconde partie de la mission, car c’est précisément ce vaisseau ou ce navire si on suit le lexique de l’Odyssée, qui révèle les factions divisées au sein des équipages de chaque vaisseau. Enfin, Harmonie étant l’épouse de Cadmos, le vaisseau répond à ce mythe en terminant la mission en binôme avec le Kadmos, comme dit plus haut.



Au-delà de la mythologie grecque qui introduit tout de même le personnage d’Arabos qui est une passerelle, nous avons aussi la mythologie musulmane, bien qu’à un degré secondaire est toutefois notable, car c’est le monde musulman et ses riches pétro-monarchies qui se lèvent pour lever les fonds pour amener l’humanité à avoir la force de voler vers la nouvelle lune. En effet, la Lune à une signification majeure dans l’Islam (voir ci-dessous), en étant même un symbole de leur foi, sa perte est donc un déchirement à un niveau religieux. Les pétromonarchies du Moyen-Orient, comme l’Arabie Saoudite ou les Émirats, financent ainsi sans compter le projet Europa, ce qui souligne leur attachement symbolique à la Lune, à la nouvelle lune, donc à leur foi. C’est aussi ce financement qui permet d’amener la logique du Phénix, car par ce financement les pays arabes peuvent participer au projet spatial européen à un niveau égal. De plus, si la Lune à une importance, il y a également l’étoile à 5 branches dans l’islam qui métaphorisent les 5 piliers de l’islam, qui ici sont symbolisés par les 5 vaisseaux, piliers du projet Europa et accompagnant la nouvelle lune Europe.

Le croissant et l’étoile ont des origines inconnues, l'étoile à 5 branches représente les 5 piliers de l'islam et le croissant représente la lune qui est l'astre sur lequel se base le calendrier musulman. Ces représentations sont devenues les emblèmes de l’Empire ottoman musulman et à la suite de son expansion, ces symboles ont été associés à l’islam, à l’instar du crucifix dans le christianisme, malgré le fait qu’ils n’auraient aucun lien avec l’histoire de la religion musulmane.



Enfin nous avons la mythologie juive et biblique, qui comme une métaphore de la réalité, tient une importante numérique dans le récit égale à son pourcentage de fidèles dans le monde mais reste incroyablement notable par le fait d’avoir influencé les grandes religions monothéistes. Cette mythologie est portée par Judith Claudel, qui incarne la résistance (d’abord dans le sens de la référence à Judith, héroïne biblique juive qui sauva son peuple). Son prénom juif marque également un changement d’ère par rapport à l’ère de la mythologie grecque qui incarnait sa mère, en  représentant l’espoir dans un monde post-catastrophe, où la résistance (française/européenne contre les Etats-Unis, et biblique) triomphe de l’adversité. On peut d’ailleurs noter l’image de la symbolique de la tête, avec l’assiette d’Artémis pour la Lune qui n’est qu’un buste mais est similaire dans la peinture avec Judith portant la tête, même imagerie mais toute autre signification.



Diane Claudel, spationaute française à l’ESA et mère de Judith, est bien plus qu’un personnage, elle est l’incarnation même de la Lune. Son prénom, Diane, et le nom de la base Artémis ne sont pas des coïncidences. Diane/Artémis, soit la déesse de la Lune révèle un mécanisme comme si son destin était lié à celui de l’astre qu’elle personnifie, la déesse est aussi liée à l’accouchement tout comme Diane qui est mère, elle meurt en donnant la vie à la fois littéralement (sa fille qu’elle sauve en conséquence et portera l’espoir de l’humanité) et symboliquement (en permettant à l’humanité de survivre). Sa mort est un sacrifice double.

Artémis, la base lunaire, est le lieu de sa chute mais aussi de sa renaissance symbolique, que ce soit elle ou la Lune. Plus tard, Jack Stallion retrouvera une effigie d’Artémis parmi les débris de l’ancienne Lune et la confiera à Judith, qui la déposera dans l’océan intérieur d’Europe, désormais en orbite terrestre. Un cercle poétique se referme, la Lune, disparue, renaît sous une forme nouvelle.


Son nom, Claudel, lui se rattache à la famille Claudel, et ici à la sculptrice Camille Claudel, qui dans ses œuvres avait réalisé en 1881 un buste de… Diane ! En regardant le buste, on remarque d'ailleurs que la coiffure relevée est présente sur le buste et le dessin de l’assiette. Au début du tome 1, on peut remarquer aussi que l'idéalisation du visage évoque davantage un modèle antique qu'un portrait contemporain ordinaire tout comme le buste de Diane Claudel. C’est un matching surprenant, surtout que ce récit a été fait avant internet et que ses livres étaient physiques, non numériques, un véritable travail d’orfèvre, mais pas l’unique coïncidence improbable tirée de la réalité, l’auteur a décortiqué ses livres pour en découvrir d’autres. Cette famille a amené l’auteur à découvrir une autre caractéristique de la famille et qui a encore nourri ses personnages… (´ヮ`)



Judith Claudel, fille de Diane (son portrait craché) et aussi spationaute, incarne la lutte et la renaissance. Son prénom juif introduit un changement subtil par rapport aux codes mythologiques grecques précédents, soulignant ainsi le changement d’ère qu’apporte le bouleversement post Lune, ère qui va devenir multiculturelle, et établi son rôle de résistante (face aux États-Unis, aux forces de la nature) liée à la figure mythologique de Judith mais aussi historique. Judith était une juive ayant vécu entre 605-562 av. J.-C, qui pour mettre fin à un siège utilisa son astuce et sa beauté, puis avec son courage dédoublé par Dieu confronta son ennemi, qu’elle vainquit et dont la tête tranchée provoqua un gain de courage parmi son peuple (symbolique de la tête, qu’on retrouve avec l’effigie de Diane qu’elle trouve). On peut également remarquer qu’au début de l’histoire nous avons une touche très subtile l’a rapprochant du thème juif, lorsqu’elle assiste à la mort de sa mère, qu’elle est habillée d’une manière démodée, rappelant les années 1930-40, il s’agit en fait d’une reprise de l’imagerie d’Anne Frank qui a inspirée l’auteur, une petite fille juive se cachant des rafles dans un abri, on peut aussi remarquer que par son nom et sa fonction, le directeur Shell a abrité la jeune Judith, que ce soit dans le bunker de l’ESA, qu’ensuite, quand il l’a protégé pour la faire éduquer afin qu’elle devienne comme sa mère.


Historique, car en étant française, sa résistance appelle au mythe de la Résistance française, soit ici de la résistance multilatérale européenne et de l’ONU contre l’Amérique unilatérale. À la fin du récit, elle est même vêtue à la manière d’une héroïne de la Résistance des années 40, dans une Alaska baignant dans une ambiance évoquant Berlin-Est/Ouest, un clin d’œil multiple autant à l’humanité divisée par la rivalité américaine et à la métaphore de la Guerre Froide, mais aussi à la victoire de la persévérance contre l'abomination. 

En lien avec la judéité de Judith, son nom de famille, Claudel, pourrait être en lien avec la famille Claudel car il y a des similitudes fortes (Camille et Paul Claudel, bien qu’ici cela serait plus le frère que la soeur), en effet, Paul Claudel était connu pour avoir été horrifié par les persécutions contre les juifs et pour avoir été un soutien intellectuel du fait de résistance durant l’Occupation, soit des paramètres présents chez Judith. A noter aussi, que Paul Claudel a des liens par son mariage avec la ville de Lyon, qui apparaît comme siège de l’ESA dans le récit.


Comme la figure juive d’origine qui avait utilisé la séduction du moins pour les normes du 605-562 av. J.-C, l’auteur a repris ce code en l’alignant sur la réalité du 21ème siècle, à cette fin l’auteur lui a donné une combinaison moulante inspirée de la prélogie Star Wars, dont le design (et une illustration plus fortement) rappelle Padmé Amidala (l’héroïne n’a de décolleté que dans une seule illustration), ce qui renforce encore son aura d’héroïne intemporelle de rebelle au service de la résistance qui se donne corps et âme à sa cause, en l’assimilant à une autre figure de résistance issue de la pop culture. On peut aussi remarquer que la combinaison de son dernier combat, Judith prend alors tous les traits de sa figure mythologique, en effet, sa combinaison lui souligne alors les formes à des fins séductrices et son casque lui donne l’aspect de porter le voile comme la figure hébraïque représentée dans l’église orthodoxe. Contrairement à certaines critiques, l’héroïne n’est pas sexualisée et est autant habillée que la plupart des femmes dans les années 00, bien qu’on puisse douter de l’intérêt de ce port d’uniforme dans le cadre de son service, mais elle ne porte des atouts séduisants que parce qu’il est légitime pour l’auteur qui a choisi d’illustrer le mythe de Judith, et en dehors de cela, elle porte également d’autres tenues comme un scaphandre avec exosquelette.



Dans le récit, la découverte de l’écosystème extraterrestre au cœur d’Europe, n’est pas uniquement là pour créer un dilemme écologique, thème régulier de l’auteur, et donner de l’enjeu à certains arcs, c’est surtout une métaphore poétique qui puise dans le mythe d’Ulysse pour interroger la place de l’humanité face à l’inconnu. 

Les créatures énigmatiques rencontrées évoquent immédiatement les sirènes de la mythologie grecque, qui comme dans le mythe  ont un rôle envoûtant, incitant ici les personnages à les protéger, ainsi que dangereux, car dans le mythe leur chant pouvait attirer les marins vers leur perte, ici c’est ce qui arrive initialement aux protagonistes d’une manière plus accidentelle, ce qui coûte la perte d’une grande partie du Phénix. Cependant, Hoshino ne reprend pas tel quel le mythe, il l’inverse, ce ne sont plus les sirènes qui menacent les humains, mais les humains qui menacent les sirènes.

On peut voir que ce sont des sirènes dues au fait que les sirènes étaient souvent associées depuis l’époque moderne (voir article wiki), à des créatures marines et auraient été inspirées des lamantins ou de leurs cousins les dugongs, en raison de leur chant mélodieux et de leur propriété mammaire semblable aux femmes (ce qui a d’ailleurs contribué à ce que ces espèces entrent scientifiquement dans l’ordre animal sirenia). Ici, dans le récit on peut voir une déclinaison extra-terrestre de ce mammifère marin.

Comme dans le mythe, ces êtres symbolisent la tentation mais ici de la connaissance, comme lors de la scène où un scientifique, fasciné par le potentiel de l’intérieur de la lune sans savoir encore ce qu’il renferme, veut les étudier au détriment de la mission mais est alors rappelé à l’ordre. Comme Ulysse, attaché au mât de son navire pour résister au chant des sirènes, les équipages doivent résister à l’appel de l’inconnu pour accomplir leur quête.



Enfin concernant le thème plus global d’Ulysse, la dernière partie du récit renforce cette analogie de cette odyssée spatiale avec L’Odyssée. En effet, déjà il y a le thème du long voyage dans les confins de l’espace, puis les équipages, parfois naufragés, doivent encore subir les trahisons américaines qui comme Poséidon les frappes d’une tempête à l’aide de leur canon Unitron en les voyant revenir vers la Terre pour amener Europe à son but final, et comme Ulysse pour rentrer à Ithaque, les héros doivent revenir clandestinement pour lutter jusqu’aux abords de la Terre avec l’Union Européenne en péril d’une frappe américaine. D’ailleurs à cette fin, on peut remarquer qu’ils reviennent usés, vétérans, couverts de poussière lunaire, furtifs comme des ombres à la manière d’un Ulysse. Puis le récit de cette odyssée se clôt sur la promesse du retour à l'ordre et à la prospérité grâce à la nouvelle lune, de manière similaire au mythe, mais à la différence du mythe, une partie des équipages ont survécu. En résumé, le détail des sirènes permet de pointer l’analogie que leur voyage est une odyssée moderne, où la Lune et plus globalement son emplacement que prendra Europe, devient leur Ithaque, et où chaque trahison ou sacrifice rappelle les épreuves d’Ulysse (le Jupitron en forme d’oeil unique rappelant le Cyclope et qui entraînera des morts, les Sirènes dont la découverte se fait après des morts, les métaphores des tempêtes par le biais des attaques américaines).



Hors de la mythologie. Le Dr. Alexander Frost, physicien anglais, est l’un des personnages les plus complexes et symboliques de Moon Lost. Son design, basé sur le Doc Brown (savant fou excentrique et passionné), puis après son attentat prenant une allure plus inquiétante par ses mutilations qui incite le lecteur par les plans que l’auteur fait de lui, à penser que celui-ci vouera une haine tue à l’humanité, trompe le lecteur et permet de créer un mécanisme narratif pour inviter le lecteur à voir au-delà des apparences.


Le nom de Frost évoque dans l’imagerie anglophone, le froid, la rigueur, la distance émotionnelle, mais aussi la pureté et la mort, on peut noter que c’est un choix fréquent pour des personnages liés à la science extrême ou à la cosmologie dans les œuvres anglaises. On peut retrouver ce nom très souvent dans les magazines pulp américains des années 30 à 50, le pulp est d’ailleurs une très grande source d’inspiration dans les nouvelles de Hoshino, par exemple : Amazing Stories, Weird Tales, Astounding Science Fiction. Son prénom, Alexander, renvoie plutôt à l’idée de la grandeur, ici intellectuelle (comme Alexander Graham Bell ou Alexandre le Grand), en littérature ce fût souvent utilisé pour des figures de génie ou de conquête, comme dans les comics le fils de Lex Luthor. Il est également possible que fort de ses recherches scientifiques, que l’auteur ait voulu le rapprocher d’une personnalité réelle du même nom liée au domaine de l’astronomie comme  Edwin Brainerd Frost qui vécu de 1868 à 1935, et qui était un astronome américain et le directeur de l’Observatoire Yerkes. Parmi les travaux majeurs : la spectroscopie stellaire et l’étude des vitesses radiales, le rapproche du domaine d’Alexander Frost qui utilise sa science dans le thème du mouvement stellaire. A noter également, que Edwin Brainerd Frost a perdu tour à tour l’usage d’un œil comme Alexander Frost. 



Encore en dehors de la mythologie. Dans le système de nommage de Moon Lost, les noms des accélérateurs de particules partent d'une convention bien réelle de la physique : le suffixe « -tron », forgé sur le grec tron (« instrument », comme le Metatron, « instrument de Dieu »), d’ailleurs popularisé par l'électron puis les accélérateurs de particules (cyclotron, synchrotron, bévatron). Hoshino respecte scrupuleusement cette grammaire en lien avec ses experts détachés : le Lunatron agit sur la Lune (base Artémis), le Jupitron agit sur Jupiter (détacher Europe). Chaque machine européenne est nommée d'après l'astre qu'elle sert.

L'Unitron américain, lui, casse la règle et c'est tout le symbole. Il n'est nommé ni d'après l'astre qu'il vise (Europe), ni d'après celui qui l'abrite (le fragment lunaire). Il est nommé d'après celui qui l'utilise : le « Un », l'acteur et non l'objet. « Uni » résonne évidemment avec l'unilatéral et l’unipolaire, exactement le paramètre que les Etats-Unis incarnent dans le récit, en opposition au multilatéralisme de l'UE, de l'ESA et de l'ONU. Les machines européennes servent un ordre cosmique et scientifique ; la machine américaine ne sert que son propriétaire. En sommes, l'Europe nomme ses outils pour ce qu'ils servent, les États-Unis nomment le leur par qui ils sont. El Mundo༼ ºل͟º ༽ ̿ ̿ ̿ ̿’̿’̵з=༼ ▀̿Ĺ̯▀̿ ̿ ༽America First

Mais cette dimension symbolique et mythologique ne s’arrête pas aux personnages ou aux symboles : elle imprègne aussi la structure même du récit, où chaque détail, chaque nom, contribue à une harmonie narrative unique.



6. La relecture secrète

Paris/Lyon est en fait Prague

Dans la page 109 du tome 1 qui suit la vue sur Paris, on pourrait avoir l’impression d’avoir une sorte de vue sur la Butte Montmartre, en fait il s’agit d’une vue sur Prague. En effet, dans l’arrière-plan, on reconnaît le Château de Prague (Pražský hrad) perché sur la colline de Hradčany, dominé par les flèches gothiques de la Cathédrale Saint-Guy (Katedrála svatého Víta). Il s’agit d’un point de vue du bord de la rivière Vltava, au niveau du célèbre Pont Charles (Karlův most). On reconnaît les balustrades en pierre, ainsi que les candélabres typiques de la capitale tchèque. Dans le tome 2 en page 244, on retrouve aussi cette vue dans une ambiance nocturne et apaisée, mais cette fois avec l’impression qu’on est à Lyon, car l’ESA est censée y être, donc en voyant le directeur Shell, c’est l’impression qu’on peut se faire, mais nous sommes de retour à Prague.


En réalité ce paysage tchèque à des similarités avec Lyon et Paris, car dans les 3 villes il y a une colline avec une cathédrale emblématique, ainsi qu’un fleuve important qui les traverse, des bâtiments similaires, et les trois villes ont d’anciens candélabres de type 19ème siècle. Et la faune fait aussi penser à un paysage sauvage du nord-ouest de Lyon. Peut être que l'auteur, en s'apercevant de ces similarités, a choisi un paysage médian entre tous et opta pour Prague par préférence artistique. ¯\_( ͠・_・)_/¯


La réalité de la montée de la mer selon les données de 2026

A noter qu’on y voit les conséquences de la disparition de la Lune dont celles en France, et en particulier Lyon et Paris, qui sont plus imaginées à partir d’éléments réels obtenus par l’auteur, que recherchés dans le détail pour son application. Mais de nos jours, on peut s’amuser à aller dans le détail, en particulier en ce qui concerne la représentation de la France, qui est facile de nos jours avec la puissance des outils internet qui sont sortis depuis 2002. (╭ರ_•́) _/


En commençant par l’Arc de Triomphe à Paris qui nous donne un premier point de repère pour en chercher un indicateur, dont la submersion nous indique que la mer est montée de 20 mètres sur ce point. 


Sauf que cette seule valeur de montée de la mer n’est pas suffisante, car une montée de la mer de 20m n’est pas perceptible sur Paris et à 30 m ça ne semble aboutir qu’à un lac salé aux abords de Paris et à un élargissement du bassin fluvial. D’après la carte de flood.firetree qui calcule la projection jusqu’à 60 m, ce n’est qu’à partir de cette valeur maximale de ce site que l’Arc commencerait à être immergé (tout en étant un Arc devenu monument d’une petite île) mais le coeur haussmannien de Paris serait déjà immergé sous 10-20 m de mer, il faut aussi savoir que l’Arc est assis dans une petite cuvette ce qui fait qu’il est plus bas de 20-30 m avec les autres bâtiments alentours. Ce qui veut dire que la mer serait montée d’au moins 70-80 m pour arriver à cette situation de la place de l’Arc de Triomphe submergé sous 20 m, mais ça voudrait dire que l’arc est alors totalement submergé, ce qui pointe que le dessin n’est pas bon. 

Selon cet indicateur appliqué à la carte calculatedearth, la France serait mutilée de ses grandes régions côtières mais conserverait globalement son trait intérieur à la différence de pays disparaissant totalement comme les Pays-Bas ou le Danemark, ce qui en France limiterait la perte de population et rendrait possible une certaine résilience européenne (au moins du point de vue de l’alimentation car l’Europe conserve toujours la plus grande partie de ses terres cultivables bien que la hausse de la salinité et des températures aient aussi une importance critique), cependant, la résorption d’un tel drame prendrait des décennies sinon tout le siècle au minimum, d’où l’importance pour l’ONU d’agir dès que possible avec les moyens que les pays disposent toujours pour récupérer une nouvelle lune avant que la civilisation ne soit devenue trop pauvre pour continuer à disposer d’une industrie spatiale, ce qui est le scénario probable à 50 ans et plus.


Par contre, la présentation de Lyon, second point de repère. En aparté, Lyon est potentiellement représentée pour la première fois dans un manga, à la différence de Paris qui est en général la ville française utilisée par les japonais, et donc ici en tant que spatioport comme Kourou (car l’équateur a bougé), malheureusement il s’agit surtout de plans de vue des campagnes aux alentours et la scène du feu d’artifice ne semble pas correspondre à Lyon, malgré que les pavillons puissent semblés d’inspiration Garnier et qu’il doit aussi y avoir quelque part vers le nord de la ville un bâtiment en arc à l’image de l’opéra avec un petit immeuble d’affaires vitré à ses côté, mais impossible de retrouver cette scène dans la métropole lyonnaise, puis on a aussi la vue sur Prague qui est similaire à un plan du nord de la Saône en direction de la Basilique. Ce second point se prête à deux interprétations. 

La première, la ville a subi une inondation de ses deux principaux plans d’eau, dans la région lyonnaise il n’y a pas beaucoup de lacs, ce qui ne laisse que le secteur de Miribel Jonage, mais pour arriver à cette étendue, il faudrait que le lac et le réservoir aient subi une très forte crue pour les relier, ce qui pourrait être possible après une fonte très rapide des glaciers alpins. La vue pourrait alors correspondre à une vue depuis l’est du “Grand Lac”, soit quelque part au bord nord-est de Meyzieu vers les hauteurs de l’ouest et du nord-ouest lyonnais (les deux autres trajectoires n’étant que des plaines vastes). Cependant ce secteur est assez peuplé donc il ne pourrait pas y avoir de spatioport. Dans cette première représentation nous pourrions vivre avec l’idée que la mer est bien montée de 80 m. 


Dans la seconde, elle est devenue une ville côtière, il y a un problème car même avec une montée de 80 m, la mer n’arrive pas jusqu’à Lyon, pour ce faire il faudrait au moins 150 à 200 m d’après la carte calculatedearth, ce qui implique qu’à ce niveau de submersion l’Europe est devenue un ensemble d’îles, dont les coeurs alimentaires et industriels ont totalement disparu à l'image du cœur de l'Angleterre (les Highlands, elles, tiennent la tête hors de l'eau même à 200 m) ou de Paris. Ce qui implique que, faute d'espace pour se réfugier et de terres pour la nourrir, la plus grande partie des 744 millions d'Européens a disparu. 

Par conséquent, ça ne laisse que la première hypothèse, ce qui veut dire que la mer est montée de 80 m. Au moins, les problèmes d’invasions vikings et des départs de sièges comptables lyonnais vers Amsterdam sont définitivement réglés. (⌐■_■)ノ♪♬


Shell renferme un coquillage Fillon

Dans cette Europe devenue Atlantide et dont les atlantes doivent apprendre à vivre sous la mer, nous pouvons remarquer un certain atlante avec une prédisposition naturelle, en la personne du directeur de l’ESA, Mr. Shell. personnage secondaire, mais dont la confrontation avec les références de l'auteur révèle une histoire plus longue et de toute une série de coïncidences. 


Tout d’abord, Shell est un terme anglais signifiant coquillage, donc un nom peu courant pour un français qui interroge, et aussi le nom d’une entreprise qui pourrait être le vrai sens mais j’y reviendrai plus tard. De ses autres paramètres, nous avons aussi un personnage avec un lien non expliqué entre lui et Diane, le fait qu’il prend soin de Judith sans en être le père crée un autre lien. 

Dans le sens du coquillage comparé à l’emploi de la mythologie grecque, dans la mythologie grecque, le coquillage est en lien avec Aphrodite, et dans un récit hanté par l'accouchement, Diane meurt "en couches" sur la Lune en sauvant sa fille ; de ce traumatisme naîtra l'héroïne à venir, la "vraie" Judith, celle qui permettra à l'humanité d'accoucher d'une nouvelle Lune. Le chef de l'ESA porte le nom du symbole matriciel d’Aphrodite par excellence, avec un genre inversé puisque homme, on peut d’ailleurs noter qu’il a un lien paternel non expliqué avec Judith. Shell est donc celui qui préside à la naissance du nouveau monde et de la vraie Judith, son nom et son agence se comportent narrativement comme le berceau d’Aphrodite, la déesse née de la mer et transportée sur un coquillage pour présider aux naissances, soit sa réalisation du projet Europa.

Dans le sens du coquillage comparé au fonctionnement de la lune Europe, nous pourrions le voir comme une allusion à la coquille de glace d'Europe. C'est peut-être le plus beau. La lune Europe est une coquille, sous laquelle bat un océan de vie. Le directeur Shell est l'homme chargé de transporter la Coquille et est le dilemme éthique de Judith (préserver la vie cachée dedans ou préserver la mission pour l’humanité).


Mais en dehors des métaphores poétiques, il y a une ressemblance surprenante ! En effet, le directeur Shell à une certaine ressemblance avec… François Fillon. Certes, l’auteur emploie souvent à l’excès une variante de ses chara-designs, mais on peut déjà commencer à voir cette ressemblance par la chevelure, faite de cheveux longs brossés dans un style années 70-80 et sourcils prononcés. 

Au-delà du style de chevelure, il y a aussi le fait que le nom « fillon », d’après la définition dans le dictionnaire Littré, soit le nom d'un petit coquillage comestible sur les côtes du Calvados, ce qui nous ramène donc à Shell, Shell et Fillon sont donc deux mots à propos de coquillages, et les japonais emploient très rarement des noms de personnages en vie pour s’éviter, dans le doute juridique, des procès (comme dans Eagle ou Nakabou Rintarou).

Et ce n’est pas terminé car funfact ! ▨-▨¬ლ(•_•) Après maintes recherches pour un meme, je n’ai trouvé aucune photo de François Fillon avec un quelconque coquillage, comme une huître !! Probablement une rancune personnelle héritée de l’école, un homme qui n’aura pas beaucoup aimé son patronyme de pêcheur mais qui aura finalement beaucoup pêché. (▨_▨¬) J’avais un cousin éloigné qui était au Coq enchaîné, je suis digne pour aller au Canard enchaîné

Aussi, avant 2002, François Fillon a été homme politique de droite (RPR, devenu ensuite UMP puis LR) et ministre dans les gouvernements Juppé, au titre de la Poste, des Télécommunications et de l'Espace de novembre 1995 à juin 1997. François Fillon qui ressemble au directeur de l'ESA de Hoshino a été le ministre français de l'Espace, celui qui supervisait le CNES et la participation française à l'ESA, pile pendant les années Ariane 5 et pas loin des années de publication du manga. Des faits que l’auteur devait connaître puisqu’il a étudié autant l’astronomie que la mythologie (biographie Wikipédia).

François Fillon a aussi été marié à Pénélope Clarke, une britannique, ainsi il y a une certaine cohérence à l’appeler par rapport à la langue du pays de sa femme, soit Shell, déjà pour permettre d’éviter de dire qu’il s’agit de lui mais surtout si son personnage doit reprendre un rôle lié à la mythologie d’Aphrodite, ce qui permet de rendre un peu plus clair ce symbolisme. Et dans un récit dominé par la mythologie grecque dont l’Odyssée d’Ulysse, on peut remarquer que la femme de celui-ci s’appelle… Pénélope, une autre formidable coïncidence à l’allure d’une complète conjonction des astres. (*¬*)

Ensuite, il y a le fait que Shell est aussi le nom d’une célèbre entreprise pétrolière, qui d’ailleurs utilise aussi le lexique des coquillages pour entre autres le nommage de ses navires. Un nom que l'auteur, sensible à l'écologie, ne pouvait connaître que négativement, au vu des accidents et polémiques de la firme, dont certaines touchent son intérêt pour le multilatéralisme (historique Wikipédia). Si Shell avait peu d’activité politique en France, ce n’est pas le cas du reste du secteur comme Elf qui a fait naître une affaire à son nom ou avec Total (historique Wikipédia), qui avaient des liens avec les partis de droite en général mais pas que, car ces entreprises visent surtout les partis au pouvoir, à droite en partie à cause de leur convergence de vision qui les amenait à être en lien avec la droite plus souvent qu’avec la gauche. Ce contexte politico-pétrolier français aurait pu amener l’auteur à chercher un homme politique de droite, et faire cette découverte de François Fillon, puis à découvrir que sa femme s’appelait du nom de la femme d’Ulysse… (´ヮ`)

Ainsi dans le sens de la lecture de Shell en François Fillon, homme politique de droite, et avec ses paramètres narratifs. Cela donne une tout autre lecture au personnage et de sa relation avec Judith. Comme à droite mais pas que, mais plus souvent à droite qu’ailleurs, il y a une acceptation naturelle du népotisme et du copinage (voir sources dont article France Info, affaire Fillon oui encore une coïncidence à croire que c’est fait exprès ^^, affaire Jean Sarkozy), on se surprend à se demander si le fait que Judith soit devenue elle aussi capitaine à l’ESA ne vient pas plutôt du fait que c’est ce que ferait naturellement un élu de droite, soit de reconduire des connaissances à des fonctions, et non par coïncidence comme le montre l’histoire, que la fille est du même niveau que la mère et que le directeur accepte de l’élever à la même fonction dans une sorte d’heureux héritage posthume. …..φ(-ω-。`)

Le personnage est donc nommé coquillage, en face d'une personne réelle aussi nommée d’après un coquillage, sur une mission qui consiste à déplacer une coquille glacée, reflétant aussi le mythe du coquillage d’Aphrodite dans la mythologie grecque. Dans un manga où chaque nom est choisi avec soin, ce hasard sonne plus qu’une conjonction fortuite des astres, mais comme la véritable référence du personnage qui se trouvait être au centre d’une conjonction formidable, qui permet d'entrevoir des analogies amusantes en partant du postulat qu’il s’agit de François Fillon. 

Chaque théorie, chaque planche, chaque visage procède d'une méthode : celle d'un auteur documenté jusqu'à l'obsession, qui a fait de la rigueur scientifique et du réalisme graphique sa signature. Il est temps de jeter un regard sur l'artisan.



7. La réalisation et le regard de l'auteur

Moon Lost occupe une place singulière dans la carrière de Hoshino : celle d'une œuvre expérimentale. Le mangaka l'a reconnu lui-même dans ses notes de fin de volume et ses entretiens, en effet, il voulait : tester sa capacité à mêler aventure spatiale et réflexion philosophique, une entreprise qu'il savait ambitieuse et complexe. Une audace qui, d'après lui, a peut-être coûté au manga son succès commercial japonais, Moon Lost n'a effectivement jamais connu la notoriété de 2001 Night Story ou de Blue Hole. Pourtant, là où ces derniers explorent surtout l'histoire et la mythologie, Moon Lost est son œuvre la plus "scientifique", et l'une des plus réflexives qui interroge la survie de l'humanité, la responsabilité des savants et les conséquences imprévues des actes humains. Mais cette exigence en paie un prix avec un rythme parfois dense, chargé d’informations techniques, qui en fait aussi la signature de l'auteur.


Car derrière ce manga, il y a un parcours atypique. Hoshino quitte sans valider son diplôme le département de peinture japonaise de l'Université des beaux-arts d'Aichi pour monter à Tokyo, et débute en 1975 avec The Steel Queen avant de bâtir ses œuvres monumentales : Blue City, 2001 Night Story (adapté en OVA), Yamataika, Les Pensées étranges du professeur Munakata (adapté en série télévisée). Son style, d'abord cartoon de presse, très années 50-70, dans la lignée de Tezuka, héritage probable de son expérience d'assistant auprès d'auteurs comme Ryōji Ryūzaki et Mikiya Mochizuki, évolue ensuite vers le gekiga. 

Le terme gekiga mérite une explication : né à la fin des années 1950, le gekiga, littéralement « images dramatiques », est le courant du manga adulte et réaliste, au trait épais, aux cadrages cinématographiques, en rupture avec le manga « cartoon enfantin » d'inspiration Disney ; c'est l'école de Golgo 13 ou de Lone Wolf and Cub. Ayant été inspiré en partie par le courant de la bande dessinée européenne pour adultes des années 70, qui connaissait alors une révolution artistique, et qui a été marqué par une soif d'expérimentation, de réalisme social et d'esthétiques audacieuses, le gekiga se rapproche donc aussi dans les logiques de ce courant comme en étant le cousin japonais. Les personnages BD de cette période ont été des héros et anti-héros avec des psychologies complexes et des univers graphiques mûrs, qu’on retrouvait beaucoup dans la BD historique et de western européenne. Les choix narratifs et thématiques de cette décennie ont rompu avec les modèles linéaires et optimistes des décennies précédentes, offrant une narration plus hachée et des dilemmes moraux plus prononcés.

C'est dans cette veine de réalisme minutieux que Hoshino trouve sa maturité, capable d'illustrer des idées audacieuses inspirées des romans occidentaux de hard SF sans jamais aller dans l'absurde ou le surréalisme, du moins ce qu’en lui prête sa fiche wikipédia japonaise. Ses centres d'intérêt, la science-fiction mais aussi l'histoire ancienne et le folklore, s'expriment pleinement depuis.

Ce regard vintage transparaît dans la direction artistique de Moon Lost. De nos jours, on ne le qualifierait plus d’« astronomique » et il s'inscrit dans un trait classique à la BD européenne réaliste des années 70/80,  nous y reviendrons, mais le rendu reste superbe, parfois photoréaliste, notamment pour les paysages cosmiques et les technologies.

Et c'est ici qu'il faut parler du mammouth dans la pièce, le manga a vieilli deux fois. Publié entre 2002 et 2003, il se déroule dans un futur proche des années 2010 aux années 2020, voire au début des années 2030, que nous avons depuis rattrapé. Les technologies et les allures de mode y sont résolument celles des années 2000, et la représentation des « gens de l'espace » typé « années 70/80 », peut sembler désuète au lecteur de 2026. Mais cette désuétude ne doit pas nécessairement être vue comme un défaut, effectivement, elle suit une logique interne cohérente, comparable à celle de la série For All Mankind, elle aussi dans le registre de l’uchronie hard SF pour adultes. Dans cette uchronie où l'humanité a concentré son développement vers l'espace, les technologies avancent vite, mais partent ici des années 2000, ce qui rend une SF futuriste et rétro à la fois. La dissonance qu'on ressent visuellement à la lecture de Moon Lost n'est donc pas celle d'une œuvre forcément dépassée mais celle d'un futur plus ambitieux que le nôtre, qui a simplement pris une autre direction comme For All Mankind.

L’autre défaut, c’est que parmi les routines de création de l’auteur, il apprécie de recycler d’une oeuvre à l’autre des choix de chara-designs pré-établis de longue date pour ses héros et héroïnes, ce qui finit par lasser quand on lit plusieurs oeuvres de l’auteur de manière trop proche, car ses personnages ne sont qu’une simple variante des précédents. On pourrait probablement rapprocher ce choix de dessin récurrent de sa passion pour les films de pop culture et le fait que les réalisateurs fonctionnent souvent en famille et embauchent les mêmes personnes (comme Bruce Campbell chez Sam Raimi, John Carpenter chez Kurt Russell,...).

Mais de ces rides faites de traits datés et de visages récurrents sont celles d'un homme et d'une époque, pas d'une œuvre, cela témoigne d'une manière de faire, plus qu'elles ne condamnent un récit qui, lui, n'a rien perdu de sa tenue. Le temps du bilan est venu : pourquoi, malgré ses deux vieillesses, Moon Lost demeure-t-il une pépite à redécouvrir ?



8. Conclusion : Pourquoi Moon Lost est une pépite méconnue à redécouvrir

Le paradoxe de Moon Lost tient en une phrase : c'est sans doute le manga le plus ambitieux de Hoshino et l'un des moins lus, même en France qui pourtant serait le public idéal. Œuvre expérimentale assumée pour le public japonais, il a payé sa complexité au prix fort mais ce que le succès commercial a manqué, le lecteur d'aujourd'hui y gagne une pépite méconnue, qui n'attend qu'on la découvre et la redécouvre.

Le bilan d'abord. Côté forces : un scénario d'une originalité rare, une profondeur à la fois scientifique et philosophique, de l'émotion et surtout, l'Europe et l'ESA en héros, et non en figurantes. Dans For All Mankind, l'Europe fait au mieux de la figuration touristique ; ici, elle est la chevaleresque du monde, qui porte littéralement le salut de l'humanité sur ses épaules et sur ses fusées. Côté faiblesses : l’éditeur n’a pas pu imprimer les pages couleurs faute de moyens pour l'édition française, des personnages secondaires souvent fonctionnels, un rythme dense du fait de la charge technique, et une fin abrupte en deux tomes seulement, quoique pour un lecteur de BD habitué aux récits de 60 pages, cette concision n'est pas nécessairement un défaut.


La synthèse est faite, Moon Lost est un manga ambitieux, réaliste et intellectuellement riche, qui plaira particulièrement aux amateurs de hard SF. Sa brièveté et sa complexité en rebuteront certains ; son originalité et sa profondeur en font une œuvre culte pour les autres.

Pour qui, donc ? Pour les fans de SF exigeante et vraisemblable (The Expanse, For All Mankind), pour les lecteurs friands de dilemmes éthiques et de tensions géopolitiques, espionnage et trahisons compris, pour les europhiles en quête d'une uchronie où l'UE est enfin la protagoniste… et, par un hasard cosmique que nous avons documenté, pour les fans de François Fillon, qui y découvriront un ministre de l'Espace devenu, par la grâce des astres, directeur d'agence spatiale.

Et il y a ce détail cocasse et prophétique, le tableau d'une Amérique sabotant l'effort commun européen pour préserver sa suprématie, ce qui prend, au moment où ces lignes sont écrites, une résonance troublante, à l'heure où un président américain menace frontalement des territoires européens, l'uchronie de Hoshino, qui paraissait gentiment datée, ressemble presque à une prophétie. La prophétie n'était peut-être finalement pas dans le fonctionnement de l’univers ; elle était dans les relations internationales. (¬‿¬)

Voilà. Donc si vous cherchez un manga dans le trip de For All Mankind sans la classique NASA, où ce sont l'Europe et l'ESA les héros, servant de chevaliers au reste du monde, et non les États-Unis, qui ici deviennent les antagonistes, eh bien c'est le manga qu'il vous faut. (‾◡◝)b


Si vous voulez écouter ce dossier en format podcast IA, ça a été indexé ici : 

https://mega.nz/folder/lYd30KLK#2Blje_HJDs_ilbm_2wlmdw





Sources

Biographie Wikipédia de Yukinobu Hoshino : Les différentes versions linguistiques apportent quelques notes différentes, elles comportent également des liens vers des interviews.

https://ja.wikipedia.org/wiki/%E6%98%9F%E9%87%8E%E4%B9%8B%E5%AE%A3

Page Moon Lost sur Wikipédia : Elle fournit une synthèse de ce qu’on y trouve comme les paramètres scientifiques.

https://ja.wikipedia.org/wiki/%E3%83%A0%E3%83%BC%E3%83%B3%E3%83%BB%E3%83%AD%E3%82%B9%E3%83%88

Manga Moon Lost : Le manga contient également une postface où l’auteur émet son postulat et son intérêt pour la Lune.

La chute de l'URSS : L'article wikipédia de synthèse contient des liens vers des propositions d'articles vers ce qu'on a appelé la Thérapie de Choc, ainsi que la crise de 1998 qui a frappé durement l'économie russe tandis que cette année-là fut plutôt une année d'embellie économique en Europe.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dislocation_de_l%27URSS

Réforme économique chinoise : L'article wikipédia propose une synthèse sur la vie économique de ce pays sur le XXème siècle, ainsi que des liens vers ce qui est appelé les Quatre Modernisations par Deng Xiaoping, qui visait à faire de la Chine une grande puissance à l'aube du XXIème siècle.

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9forme_%C3%A9conomique_chinoise#Origine

Banque Mondiale : Le site fournit des indicateurs comme le niveau de PIB.

https://donnees.banquemondiale.org/indicateur

Missions Chang’e vers la Lune : Wikipédia propose une synthèse vers ce programme spatial chinois.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Programme_chinois_d%27exploration_lunaire

Budgets spatiaux : Les chiffres sont assez durs à trouver pour une année fixe, d'où le fait que le chiffre russe soit basé au mieux sur 2006 plutôt que 2003. Le montant du budget spatial chinois est très opaque et a fait l'objet de correction par les autres agences mais sans avoir pu à ce jour être prouvé et le chiffre était donné annuellement pour une période. Quant au chiffre japonais, il fait l'objet de corrections diverses, cependant il est à noter que 2003 est la naissance de l'équivalent de l'ESA japonaise.

https://en.wikipedia.org/wiki/Budget_of_NASA

https://www.esa.int/esapub/annuals/annual03/ar3_finance_fr.pdf

https://en.wikipedia.org/wiki/Roscosmos#2000:_Start_of_ISS_cooperation

https://www.globalsecurity.org/space/world/china/budget.htm

https://ja.wikipedia.org/wiki/%E5%AE%87%E5%AE%99%E8%88%AA%E7%A9%BA%E7%A0%94%E7%A9%B6%E9%96%8B%E7%99%BA%E6%A9%9F%E6%A7%8B#%E4%BA%88%E7%AE%97%E3%81%A8%E4%BA%BA%E5%93%A1%E8%A6%8F%E6%A8%A1

Page du calcul des lancements spatiaux par année : Wikipédia a un ensemble de page par année qui récapitule le nombre de lancements spatiaux (il suffit de changer la date pour aller dans la page).

https://fr.wikipedia.org/wiki/2000_en_astronautique

Relations Royaume-Uni–États-Unis : Article wikipédia sur les relations entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne à travers le temps, dont la rivalité entre leur flotte qui les ont amené à maintenir une parité de tonnage durant l'entre deux guerres.

https://en.wikipedia.org/wiki/United_Kingdom%E2%80%93United_States_relations

Relations Japon–États-Unis : Article wikipédia résumant les relations entre ces deux pays, on peut aussi voir le risque japonais dans le traité naval en élaboration en 1930, car le sous-marin Surcouf répond en principe à la montée du risque japonais menaçant les lignes de communication coloniale de l'empire français.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Relations_entre_les_%C3%89tats-Unis_et_le_Japon#

Rivalité de la Guerre Froide : Article wikipédia sur la relation Etats-Unis-URSS durant la Guerre Froide.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Relations_entre_les_%C3%89tats-Unis_et_l%27URSS

Guerre d'espionnage entre les Bloc de l'Ouest et de l'Est : Dans le cadre de la grande campagne d'espionnage de l'URSS pour copier les technologies de l'autre bloc, il y a eu des campagnes de contre-renseignement, dont des campagnes de sabotage de logiciels et de fourniture de fausses informations.

https://www.nbcnews.com/id/wbna18686550

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Farewell

https://www.lapresse.ca/actualites/national/201301/10/01-4609995-des-canadiens-auraient-aide-la-cia-dans-un-sabotage-informatique-contre-lurss.php

Affaire Echelon : L’affaire de la NSA qui surveillait le monde et en particulier l’Union Européenne.

https://historicalarchives.europarl.europa.eu/files/live/sites/historicalarchive/files/03_PUBLICATIONS/03_European-Parliament/01_Documents/the-echelon-affair-fr.pdf

Affaire des missiles ROLAND : Lors de la guerre en Irak de 2003, des commandants de bas rang ont été accusé d'avoir orchestré une fausse découverte de missiles vendus par la France, qui avait été contre l'autorisation légale de cette guerre par les Etats-Unis, et que la Pologne avait rejointe les bras ouverts malgré que le reste de l'Union Européenne était plutôt contre la raison réelle de sa légalité. Guerre qui avait provoqué alors un schisme entre pro américains et pro européens, sur laquelle les Etats-Unis ont mené une propagande active avec ce qu'ils définissaient comme la Nouvelle et Ancienne Europe.

https://en.wikipedia.org/wiki/Polish_involvement_in_the_Iraq_War

Trope narratif de l'Empire : Etude sur le fonctionnement des empires. Et présentation de quelques archétypes.

https://www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_1985_num_42_1_1624

https://www.librinova.com/blog/archetypes-de-personnage-les-8-figures-incontournables/#l-arch-type-du-rival

Urasawa Naoki no Manben : Interview du 22/10/2020 de Yukinobu Hoshino à Naoki Urasawa sur NHK. On découvre une bibliothèque gigantesque contenant plus de dix mille ouvrages consacrés à : l'histoire ; l'archéologie ; l'ethnologie ; les sciences ; l'astronomie ; les mythes et légendes. Il se montre comme un homme extrêmement humble et obsédé par la qualité du trait en aimant davantage le pinceau-feutre que la plume traditionnelle, car il permet des nuances plus organiques d'après lui. Pour Hoshino, les histoires naissent de la rencontre entre la documentation et l'imagination. Il explique que beaucoup de ses récits reposent sur une base essentiellement historique ou scientifique à laquelle il ajoute une petite part de fiction.

https://www.youtube.com/watch?v=d2c0_KZ18xA

The Planetary Society, « What would happen if we nuked an asteroid? » : la vulgarisation de référence du mythe Armageddon démonté, explication de pourquoi la fragmentation transforme « une menace d'impact en plusieurs » (Planetary Society).

https://www.planetary.org/articles/what-would-happen-if-we-nuked-an-asteroid

ESA, « May We Deflect an Asteroid? » (Advanced Concepts Team) : la page raconte comment l'ESA a travaillé dès 2004-2005 sur les options de déviation d'Apophis (alors « 2004 MN4 »), l'astéroïde découvert fin 2004 qui a affiché brièvement 2,7 % de probabilité d'impact en 2029, panique mondiale en direct (ESA ACT, ResearchGate – Apophis). Et l'étude européenne de déviation d'astéroïde s'appelait mission Don Quijote un espagnol, un chevalier, et une charge contre un géant céleste (Astrobiology Magazine).

https://www.esa.int/gsp/ACT/projects/maywedeflect/

Rapport technique des Nations Unies A/AC.105/863 (décembre 2005) : preuve que le débat est bien mondial : l'ONU collecte les réponses des États sur les NEO, y compris l'ESA sollicitée par le Conseil de l'Europe, l'OCDE et le UK Task Force on Potentially Hazardous NEOs (UNOOSA). Parfait pour illustrer l'effort mondial sous l'égide onusienne, dès 2005.

https://www.unoosa.org/pdf/reports/ac105/AC105_863E.pdf

NASA, Study to Determine the Feasibility of Extending the Search for Near-Earth Objects to Smaller Limiting Diameters (rapport du Science Definition Team, publié 2003) : la source la plus citée de l'époque : mandatée par la NASA en août 2002, l'équipe étudie la faisabilité d'étendre la recherche aux astéroïdes plus petits, concluant notamment que les ressources seraient mieux dépensées sur les astéroïdes géocroiseurs que sur les comètes. 

https://cneos.jpl.nasa.gov/doc/neo_report2003.html

Chronologie de la peur de la peur des canons à particules : L'origine : juillet 1999, le RHIC de Brookhaven — une machine américaine. Le tout premier article "fin du monde par accélérateur" n'est pas français ni à propos du CERN : c'est le Sunday Times britannique du 18 juillet 1999, manchette tonitruante : « La machine à big-bang pourrait détruire la Terre », à propos du Relativistic Heavy Ion Collider de Brookhaven (État de New York) — l'idée qu'une collision à haute énergie pourrait créer un mini-trou noir capable d'aspirer la Terre. C'est l'astrophysicien français Jean-Pierre Luminet qui retrace cette généalogie dans un billet sur Futura-Sciences, en citant nommément l'article fondateur (Luminet, Futura-Sciences).

https://blogs.futura-sciences.com/luminet/2015/04/07/un-mini-trou-noir-au-cern-absurde/

Puis le transfert vers le CERN : 2003-2008. Dès 2003, le CERN — inquiet des rumeurs — l'Amérique mandate le LHC Safety Study Group pour une enquête officielle concluant à l'absence de danger, rapport actualisé en 2008 (Ellis et al.) (Cairn – Ethnologie française, Wikipédia FR – Sécurité des collisions au LHC). Et enfin, il y a eu le moment juridique de mars 2008, des Américains attaquent le CERN en justice

C'est LA pierre angulaire : le 21 mars 2008, les Américains Walter L. Wagner et Luis Sancho déposent une demande en référé devant la cour fédérale d'Hawaï pour interdire le démarrage du LHC, assignant le CERN et ses partenaires américains (ministère de l'Énergie, NSF, Fermilab), alléguant précisément le risque de création d'un trou noir dévoreur de Terre. Le gouvernement américain qualifie les risques invoqués de « trop spéculatifs et pas crédibles », et la cour rejette le dossier pour incompétence en septembre 2008. En parallèle, une plainte devant la Cour européenne des droits de l'homme (Rössler, août 2008) est rejetée d'emblée.

https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9curit%C3%A9_des_collisions_de_particules_au_Large_Hadron_Collider

https://cdurable.info/cern-faut-il-avoir-peur-de-l-accelerateur-de-particules1211/

Interview d'Aline Kukor : C'est la traductrice de Moon Lost, elle y revient briévement et y parlait de sa carrière.

https://traduqtiv.com/2024/05/24/le-manga-ou-la-manga/

Lamentin : Fiche Wikipédia sur le lamentin et évoquant son lien avec les sirènes.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lamantin

Risque d'inondation sur Lyon : Liens vers les fiches traitant des risques d'inondation de la ville.

https://journals.openedition.org/geocarrefour/555?lang=en

https://www.rhone-mediterranee.eaufrance.fr/cartographie-des-risques-dinondations-du-tri-de-lyon

Biographie Wikipédia : Lien vers sa biographie wikipédia, ainsi qu'une photo de lui à l'ESA.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Fillon

https://www.littre.org/definition/fillon

https://www.esa.int/About_Us/Law_at_ESA/Ministerial_Council_2008/Ministerial_Council_Toulouse_1995

Historique Shell : Fiche Wikipédia de l'historique de la société Shell.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Shell_(entreprise)

Affaire Elf : Affaire de corruption multi-partis.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Elf

Historique Total : Fiche Wikipédia de l'historique de la société Total.

https://fr.wikipedia.org/wiki/TotalEnergies

Affaires de népotisme et de copinage en France : Je n'ai fait qu'une recherche d'extraits des dernières grandes affaires, d'ailleurs on a beaucoup parlé de népotisme lors du mandat de premier ministre de François Fillon, car Nicolas Sarkozy avait fait nommer l'un de ses enfants sans formation et expérience, à la tête du plus grand centre d'affaires français. Dans les cas les plus parlants, nous garderons l'œil sur l'armée qui cumule le problème sur des générations car oui s'il peut y avoir des homonymes dans cet annuaire tableur, beaucoup sont en fait juste la même famille).

https://www.franceinfo.fr/replay-radio/histoires-d-info/histoires-d-info-le-nepotisme-des-papes-aux-elus-de-la-republique_2085955.html

https://www.letemps.ch/monde/corruption-nepotisme-france-rongee-colere-antielus

https://francearchives.gouv.fr/fr/file/ad46ac22be9df6a4d1dae40326de46d8a5cbd19d/FRSHD_PUB_00000355.pdf

-- Le dossier a été sauvegardé en pdf ici : 

https://mega.nz/folder/9d0hDQYT#sYt_g2cf8LHWhDeaeW9Dcg


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