Accéder au contenu principal

Junk World - chronique sur un film blamien 2/3

Un monde corrompu avant la pourriture. Des dimensions sublimes contrastant avec un monde s’oxydant. Et une femme transhumaine qui traversera le temps comme on traverse un deuil.


Couverture de Junk World


Synopsis

Après la rébellion des Mulligans - ces formes de vie artificielles créées pour servir l'humanité - le monde s'est scindé en deux : les hommes en surface, les clones dans les profondeurs. 280 ans après le troisième cessez-le-feu, une paix fragile… Jusqu'à l'anomalie.

Une équipe d'enquête mixte est dépêchée dans le monde souterrain : la capitaine humaine Triss, escortée par Robin, un robot garde du corps, et l'escouade mulligane menée par Dante, un clone originel. Mais dans la cité de Kapbar, le « Culte Gyula » est à leur poursuite et sa cible porte un nom : Triss, une femme, “espèce rare” devenue bien trop précieuse pour ce culte mulligan.

Submergés par la disproportion des forces, Robin n'a plus qu'une issue : la distorsion dimensionnelle qu'il vient de découvrir en gardant comme directive : « Je protégerai Lady Tris. ».

Quelle est la véritable nature des mystères qui rongent les profondeurs ? Et quelle décision Robin prendra-t-il, lorsque le combat franchira les dimensions ?

https://www.youtube.com/watch?v=xnrnRn_jquI




La préquelle qui voyage dans l’espace et le temps

Junk World est la préquelle de Junk Head mais pas seulement. Elle introduit pour Junk End manifestement au moins un nouveau personnage et qui sera très importante dans la suite de la quête de Parton dans Junk Head, probablement accompagnée également de retours de figures connues, en version de descendance. Surtout, il explique ce que le premier film taisait : comme l'évolution des sociétés mulligane et humaine qu'on nous y présentait toutes deux figées dans leurs mystères. Si le film est un peu moins bien avec un côté brouillon parfois et des effets numériques qui jurent trop, il n’en demeure pas moins excellent tout comme Junk Head. Niveau humour, on garde les mêmes mais avec un focus sur les blagues à connotation sexuelle, ce qui est quelque part cohérent avec la nature de la quête de Parton dans Junk Head mais ici c’est beaucoup plus appuyé, façon Fluide Glacial. 🥰

À noter et la rupture est immédiate : si Junk Head avait un doublage qui sonnait imaginaire et guttural, comme une langue de gorge et de rouille, ici on entend un japonais bien perceptible. On ne rêve plus dans ce monde crypte : on y parle. Cependant comme la préquelle se place 1 000 ans plus tôt que Junk Head, on peut le voir comme une déformation naturelle des langues à travers le temps, mais espérons qu’on regagnera le type de doublage de Junk Head dans Junk End histoire d’éviter le faux raccord.



De Blame à Warhammer 40 000

On s'éloigne de Blame en oubliant l'odyssée dans la mégastructure cyclopéenne, pour basculer davantage dans le cyberpunk et le voyage dimensionnel (façon Rick & Morty mais le portail est ici bleu). On explore ici beaucoup plus la société humaine et ses plaies qui n'en finissent pas de gangréner : népotisme, corruption, asservissement, exploitation, on se retrouve dans une société qui est transhumaniste mais qui est pré civilisation fossilisée post-humaniste comme on peut le voir avec les cyborgs de Junk Head. 

Junk World et Rick & Morty

Autrement dit, à l’image de Noise qui s’éloignait du Brutalisme futuriste de Blame pour aller dans l’Allemagne des années 20/30 du Bauhaus : on quitte la cathédrale gothique de Nihei pour les bas-fonds cybergothiques de l'Imperium. En effet, certains aspects mènent tout droit vers Warhammer 40 000 - et la rencontre, plus loin, avec des cultistes mulligans à la teinte burlesque de moines SM du chaos ou l’allure générale d’Eldars du mecha de Robin, ne feront que pointer en ce sens.

Junk World & Warhammer 40k

Le fait que la franchise Junk se base déjà sur Blame qui est un genre cybergothique, et que l'auteur y insère également le thème dantesque, fait qu'on retrouve de base une conjonction qui mène au genre cybergothique de Warhammer 40k.


Junk World & Warhammer 40k

On peut retrouver le design religieux dans le vaisseau du culte Mulligan, qui est aussi le thème de l'Imperium de l'Humanité qui est rattaché au gothique. On peut également retrouver certains clins d'œil comme l'œil, qui fait à l'origine référence à l'oeil de Sauron, repris pour être une métaphore de l'œil de l'Empereur de l'Humanité, Warhammer s'inspire beaucoup de plusieurs franchise allant de Dune au Seigneur des Anneaux. Dans Warhammer il y a également des thèmes plus sexuels avec la décadence apportée par le dieu Slanesh, qui se rattache aux dieux du chaos, ce qui fait un rapprochement de ces cultistes mulligans avec les cultistes de Slanesh. Et comme par puritanisme les anglais censurent parfois étrangement, comme les tétons, on peut remarquer que les Mulligans qui s'inspirent de Warhammer et de sa censure, n'en ont pas non plus. Puis il y a le thème de l'ecclésiarchie qu'on retrouve également dans l'Impérium.


Dans les funfact de production, j’ai aperçu qu’ils peignaient avec des peintures de modélisme dont de la Citadel, je suppose qu’ils ont trouvé l’inspiration en voyant le site de Games Workshop Japon ou leur boutique de modélisme.

Junk World et lié au monde du wargame

Junk World disposait d'un gros budget et a pu s'offrir quelques pots hors de prix de Games Workshop. 😅😥



Trois actes, trois mondes, une chute dantesque

Le schéma narratif change du tout au tout : plus d'histoire à peu près linéaire comme dans Junk Head, mais une structure en trois actes, traversés de failles spatio-temporelles et dimensionnelles qui nous fera revisiter une même situation sous plusieurs possibilités :

- Acte I & II : une histoire épique et tragique avec des quiproquos humoristiques en seconde lecture avec la phase temporelle, assez incroyable : ce qui amène le thème de la dimension parallèle autant que son exploration, avec un traitement cruel des possibilités dimensionnelles et de leurs répercussions, dont une civilisation élevée dans le seul but de sauver Triss par Robin et dont on peut lire en mode de narration environnementale aux écrans de l’héroïne alien que son langage a été très simplifié en mode jeu vidéo pour enfants dans cet unique but, afin de rendre plus rapide leur élévation civilisationnelle pour la sauver. Le scénario se révèle alors une machine à broyer les destins. C’est aussi ici qu’on trouve l’humour burlesque mené par le culte SM chaotique stylisé de façon Warhammer. Il y a également d’autres explorations dimensionnelles dont la voie Mulligan.

Junk World et les Actes I, II

- Acte III : On commence par un étrange semi-acte tragi-comique et grotesque plutôt court, qui à pour but de laisser le spectateur reprendre ses émotions après l'acte II… pendant que le film étrangle sans ménagement la dystopie de la société humaine. Punition rituelle au programme. Mais comme il s’agit tout de même de la fin, on a aussi un retour au ton de l'acte I avec l'histoire qui se résout dans la “bonne voie” façon RPG, et ira faire le pont vers Junk Head en tant que préquelle, ainsi que pour irriguer ce qui nourrira Junk End. Retour de la tragédie baroque, un peu de désespérance pour certains protagonistes mais aussi de la curiosité pour l'avenir, et de l'espoir pour leur devenir.

Junk World et l'acte III

C'est vraiment une histoire passionnante et à la farce burlesque qui prend un gout rafraichissant par sa raréfaction des écrans. Et là où Junk Head pêchait par densité et parcimonie d'explications, le réalisateur corrige ici le tir en ajoutant de la narration. La crypte abyssale s'éclaire mais sans jamais perdre son obscurité. 😎🧨✨


Junk World et la Divine Comédie
L’auteur a réalisé en plus de ses figurines, des peintures oniriques et baroques, on peut remarquer que ses deux toiles en haut à droite se rapproche du thème de Dante à gauche.

Dans ce film, la présence des oeuvres de Dante Alighieri est notable et centrale, et il fait plus que prêter son nom au personnage Mulligan, il lui prête des paramètres narratif, si Alighieri est père de la “langue italienne”, Date sera le père de l’évolution des Mulligan, dans un destin fatidique et tragique traversant lui aussi les phases, mais aussi porteur d’espoir pour l’avenir des Mulligans. On peut aussi dire que les deux Dante ont connu des guerres et que les deux ont eu une relation profonde avec une Triss ou Béatrice (d'où le problème de la traduction de Torys qui se rattache au diminutif de Dorice qui n'a rien à voir). La Divine Comédie de Dante est aussi un triptyque tout comme Junk ou Junk World (Inferno (Enfer), Purgatorio (Purgatoire) et Paradiso (Paradis)). Mais dans Junk World les rôles de Béatrice et de Dante de la Divine Comédie ont tendance à être inversés pour faire du Dante mulligan celui qui se métamorphose dans l’après vie.

J'ai beaucoup aimé la protagoniste Triss (ou Torys selon la version) et son évolution, permises par le schéma narratif du voyage dans le temps et par son contact avec les mulligans dont Dante, elle semble par ailleurs suite un schéma similaire à la Béatrice de la Divine Comédie (intérêt amoureux diffus entre Dante et Triss, muse de Dante vers son destin et le mènera à son rôle de d’arbre de vie des nouveaux mulligan en lui donnant son épée,...).

Etant donné le thème dantesque profondément ancré dans la franchise Junk et que le dernier opus s’appelle Junk End, j’image que nous aurons une fin amère, no future comme le veut la tradition cyberpunk, et en particulier pour le personnage de Triss qui pourrait bien devenir, elle aussi, un arbre de vie… 🌲


Junk World et les eldars en spartan d'Halo

Le robot et sa première civilisation - dont les mechas sont un croisement entre les Spartans d'Halo (super soldat) et les Eldars de Warhammer 40 000 (côté crète, pics dans le dos, couleurs) - apportent une teinte épique qui rend le contraste déchirant quand tout vire au drame pour sa petite créature manipulée comme une marionnette du destin : c'était superbement émotionnel. Et ce contraste existe aussi, en parallèle, entre le robot et le futur protagoniste cyborg de Junk Head, ce qui ouvre une profondeur d'analyse vertigineuse, et le fait que cela pourrait revenir dans le troisième opus est tout simplement captivant.



L'argile et les pixels de l’horreur

Niveau animation, c'est toujours aussi fluide. On note en revanche davantage d'effets spéciaux numériques : pour certains, ils enrichissent l'ambiance (les effets cyberpunk, l'allure Eldar de la première civilisation du héros robot) ; pour quelques autres, comme certaines grosses explosions, ils jurent dans la direction artistique (d'où le fait que dans Crossing Swords les effets sont dans le style artistique du reste). Parfois on croirait du full 3D - mais le making-off atteste qu'il y avait bien une réalité physique derrière chaque plan. ¯\_(ツ)_/¯

Effets spéciaux dans Junk World



Pour aller plus loin

Pour rappel par rapport à la dernière chronique. Au-delà des revisionages, le site et le wiki des films détaillent l'histoire du contexte et des personnages. Il existe aussi un artbook mais non vendu hors du Japon et qui est de toute manière qu’en japonais.

Sources : 

https://ja.wikipedia.org/wiki/JUNK_HEAD#%E3%82%B9%E3%83%88%E3%83%BC%E3%83%AA%E3%83%BC

https://ja.wikipedia.org/wiki/%E5%A0%80%E8%B2%B4%E7%A7%80

https://junkworld-movie.com/

https://www.yamiken.com/

Concernant le réalisateur, il s’agit à l’origine d’un autodidacte du cinéma en solo et qui s’est fait accompagné d’une équipe de quelques personnes, mais il n’est pas parti de rien car à l’origine il est diplômé des beaux arts japonais et travaillait comme artiste, ainsi il avait déjà une compréhension expérimentée de la mise scène d’exposition, sur son site Yamiken, il présente d’ailleurs ces éléments de sa vie.

La franchise possède également une chaîne YouTube, avec quelques courts métrages et des making-offs, en 2026 la chaîne n’a pas encore été mise à jour du contenu pour Junk World par contre ┗( T﹏T )┛ : https://www.youtube.com/channel/UCgwBI9SUXIS95Hw4i4CarrA

https://www.youtube.com/watch?v=0Tb5YZR1K8k



Conclusion : Je veux y redescendre encore

C'est vraiment un univers plaisant à voir et à revoir, le DVD est un indispensable, comme l'est Blame, qu'on se plaît à relire et à analyser au-delà de la simple lecture. Junk World ne raconte pas seulement d'où vient le monde de Junk Head comme le ferait Noise : il nous apprend à lire ses ruines qui seront. Et une fois qu'on sait les lire, on n'a plus qu'une envie : y redescendre une dernière fois par Junk End… ( ̄▽ ̄)d


Commentaires

  1. Pour info, j'ai généré un podcast IA pour cet article, augmenté des articles d'interview de l'auteur et des fiches wikis. Il est dans le lien Mega du Dossier des Podcast IA de Critiques :
    https://chroniques-de-wizzy.blogspot.com/p/critiques-de-bdmanga-sommaire.html

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire