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L’ÉNIGMATIQUE CODE BINAIRE DE HAJO ROSE

Longtemps avant l’ère des ordinateurs, l’atelier de tissage du Bauhaus expérimentait avec des machines à cartes perforées, « les métiers Jacquard ». Ces systèmes mécaniques, programmables grâce à des cartes « logicielles » en carton perforé, permettaient de coder des motifs complexes et d’automatiser la production. Une technologie qui, rétrospectivement, évoque les prémices de l’informatique . Cette proximité accidentelle avec le monde numérique prend une dimension presque prophétique quand on découvre les expériences de Hajo Rose . Son tissu imprimé de zéros (réalisé à la machine à écrire) ressemble étrangement à un code binaire dont il ne manque que le "1" pour compléter l’illusion. Et son autoportrait superposé à un immeuble via un jeu de reflets rappelle les effets visuels de Matrix, où la réalité se dissout dans un flot de données. Une coïncidence troublante avec le thème cyberpunk de Blame (et Tsutomu Nihei a fait une illustration pour Matrix ). En haut à gauche . A...

LA CLEF DE LA SYMPHONIE DÉSACCORDÉE DU BAUHAUS

Au Bauhaus, la clé n’était pas un simple objet mais un manifeste visuel . Designée par Joost Schmidt , elle apparaissait comme une signature sur les sculptures, les affiches et les compositions, synthétisant l’esprit du mouvement. Cette clé n’ouvrait pas seulement des portes, elle déverrouillait un imaginaire utopiste qui se voulait aussi lyrique, poétique et musical, ainsi il faut aussi voir cette signature comme une clef musicale. Tsutomu Nihei reprend ce motif avec le logo de la Toha Heavy Industries , une clé stylisée qui signe tout son univers de référence dans lequel rentrent toutes ses œuvres. Mais là où le Bauhaus voyait une mélodie, Nihei semble y inscrire un silence ou une mélodie mortelle d’une dystopie . Pourtant, toutes deux partagent une obsession des structures, qu’elles soient harmonieuses ou oppressantes. La clé reste, mais ce qu’elle ouvre a radicalement changé. Illustrations : Affiche du Bauhaus (1923) avec la clé intégrant le logo de l’école et aussi la signature ...

LES PROTO-CYBORGS DU BAUHAUS

Masque et costumes du théâtre du Bauhaus, et comparaisons avec les Siliciés et la Contre-Mesure Sanakan. 1. L’élémentarisation du corps : Schlemmer et la déconstruction de l’humain En 1923, Oskar Schlemmer entreprit une révolution scénique au Bauhaus. Son approche ? Décomposer le théâtre en ses éléments fondamentaux : espace, forme, couleur, son, mouvement, lumière . Cette « élémentarisation », chère au Bauhaus, visait à épurer l’art de toute subjectivité pour n’en garder que les structures pures. À Dessau, Schlemmer poussa cette logique à son extrême avec sa série de danses expérimentales — Danse des formes, Danse des gestes, Danse des bâtons, des cerceaux, Promenade des boîtes — où le corps humain n’était plus qu’un support abstrait , un « prototype » mouvant au service d’une grammaire visuelle. Les danseurs, vêtus de maillots uniformes et masqués, perdaient leur individualité pour incarner des archétypes géométriques . Comme Chaplin dans Les Temps Modernes, Schlemmer fusionnait ...

LE PETIT THÉÂTRE DES MACHINES HUMAINES

Costumes du Ballet triadique et affiche du théâtre du Bauhaus , et scène de transformation de contre-mesure dans Blame, notez les effets circulaires. 1. « Le jeu devient fête, la fête devient travail » : l’utopie théâtrale du Bauhaus Dès sa fondation, le Bauhaus a placé le théâtre, la danse et la performance au cœur de son projet pédagogique et social. Johannes Itten résumait cette philosophie par une devise : « Le jeu devient fête – la fête devient travail – le travail devient jeu. » Walter Gropius, dans le Manifeste du Bauhaus, imaginait déjà des « théâtres, conférences, poésies, musiques, fêtes costumées » pour créer un « gai cérémonial » où art et vie quotidienne ne feraient qu’un. Les soirées du Bauhaus, organisées pour rapprocher les étudiants de la population locale, furent pourtant accueillies avec méfiance, voire hostilité par les habitants de Weimar. Malgré cela, ces événements restèrent gravés dans la mémoire des élèves comme des moments de liberté créative absolue, une...

POUPÉES EXTERMINATRICES ET BÂTISSEURS DYSFONCTIONNELS DU BAUHAUS

Jouets troublants d'une ère troublée Au début des années 1920, le Bauhaus révolutionne jusqu’aux jouets d’enfants . Parmi les créations les plus marquantes figurent les marionnettes désarticulées de Toni Hergt , aux membres mobiles et aux proportions stylisées, ou les formes organiques et arrondies de différentes tailles d’ Eberhard Schrammen , évoquant les différences d’échelle humaine dans Blame. Mais c’est Alma Buscher , profondément influencée par les théories pédagogiques de Friedrich Fröbel (inventeur des kindergarten) et de Johann Heinrich Pestalozzi , qui incarne le mieux cette volonté de repenser le jeu. Pour Buscher, les contes traditionnels ne sont qu’un « fardeau inutile pour les petits cerveaux ». Elle prône des jouets « épurés, non troublants, aux proportions bien définis », où les couleurs primaires (rouge, bleu, jaune) dominent, rehaussées de blanc pour « accroître la gaieté des couleurs et donc la joie des enfants ». Ses créations — pantins et cubes modulabl...